|
[réalisé en 1998, interview à distance]
Grand Maître Takayuki Kubota, Dur &
Rapide
Tous les mois Karaté Bushido vous fait
rencontrer les grands du Budô. Dans ce numéro,
Takayuki Kubota, fondateur du Gosoku-Ryu Karate, inventeur
du Kubotan®, ainsi que du célèbre tonfa
de la police américaine.
Depuis Los Angeles où il réside, Takayuki Kubota
a accordé un entretien exclusif en collaboration avec
Doshin Martial Arts Supplies, pour les lecteurs de Karaté-Bushido.
Son âge, 64 ans -
Takayuki Kubota est né le 20 septembre 1934 à
Kumamoto, dans l'île japonaise de Kyushu. Ses parents
étaient des réfugiés d'Okinawa.
Ses débuts - Takayuki Kubota commença
les arts martiaux à l'âge de 4 ans, avec son
père qui lui enseigna des notions de Sumo et de Jûdô.
Puis il apprit les bases du Te ou To-Te à l'âge
de 5 ans avec deux soldats, Mr Tokunaga et Mr Terada.
Sa formation - A 13 ans, Takayuki Kubota
quitta seul sa maison natale pour Tôkyô où
les débuts fûrent difficiles. Là, il s'entraîna
avec des instructeurs de renom comme Kanken Toyama (Shudokan),
Yasuhiro Konishi (Ryobukai), Mas Oyama (Kyokushinkai), et
Gogen Yamaguchi (Gojuryu).
Son style - Soke Takayuki Kubota enseigne
entre autres, le Gosoku (dur et rapide) Ryu Karate dont il
est le fondateur, le Tai Ho Jitsu (techniques de défense
pour la police), le Gyaku Te Jitsu (techniques de la main
opposée), Keibo Jitsu (techniques de bâton).
Il est aussi l'inventeur du célèbre Kubotanâ
et de la matraque-tonfa PR-24 des forces de police américaines,
ainsi que de la plupart des techniques de maniement de ces
armes.
Sa fédération - Takayuki Kubota
est le président et le directeur technique de l'I.K.A.
(International Karate Association). Cette fédération
présente dans 40 pays assure le développement
du Gosoku-Ryu Karate.
Né au Japon en 1934, puis émigré
sur la côte ouest des Etats-Unis, maître Takayuki
Kubota, Soke, est célèbre dans le monde entier
pour son système de self-défense qu'il enseigne
aux forces de police et militaires américaines. Depuis
Los Angeles, il a bien voulu parler de son parcours atypique
et de sa vision du karaté aux lecteurs de Karate-Bushido.
Karate-Bushido : Maître Kubota,
quand avez-vous débuté les Arts Martiaux ?
Takayuki Kubota : Mon père a vraisemblablement
été mon premier instructeur. Il aimait beaucoup
le Kendo. Il m'a appris les bases du Jûdô alors
que j'étais très jeune... pas de gi [uniforme],
juste avec une obi [ceinture]. Pendant la deuxième
guerre mondiale, deux soldats étaient stationnés
dans notre village. Chaque ville devait s'occuper de quelques
soldats pour contribuer à l'effort de guerre. Nous
n'avions pas beaucoup à partager mais réussissions
à leur donner un minimum... de quoi manger et s'abriter.
En échange, il nous apprenaient les bases du To-Te.
L'un d'eux s'appelait Terada, l'autre Tokunaga. Je ne pense
pas qu'ils étaient ni maîtres ni d'un haut rang
en matière d'Arts Martiaux. Ils nous montraient simplement
les bases, tsuki et quelques keri. Mon entraînement
fût, dès le début, totalement dédié
à la self-défense. Mes instructeurs m'apprenaient
des techniques étudiées pour blesser sérieusement
un adversaire. A l'époque, on ne pensait pas à
des applications sportives du karaté, mais juste à
la self-défense. Puis j'ai continué à
m'entraîner tout seul. Je commençais à
faire mon propre genre de méditation. Je n'avais que
5 ou 6 ans... ma mère devait penser que j'étais
fou. Je disparaissais la nuit, allais dans les bois situés
dans les montagnes derrière notre maison et je méditais.
Je ne chantais pas ni quoique ce soit de ce genre... je me
concentrais juste.
K.B. : Qu'avez-vous fait après
la guerre ?
Takayuki Kubota : Je m'étais mis dans la tête
que je devais aller à Tôkyô. Je ne suis
pas vraiment sûr de la raison de ce choix... j'avais
juste senti que c'était la chose à faire. Mes
parents s'inquiétaient : j'étais plutôt
jeune, 13 ou 14 ans... juste un gosse de la campagne. Mais
ma mère m'a dit d'y aller, si c'était mon choix,...
mais que je ne pourrais pas revenir. Il n'y aurait pas de
retour en arrière possible. Maintenant que je repense
à cela, je réalise que c'est le genre de chose
qui a aidé à former mon esprit. Tu fais un choix...
alors tu assumes cette décision et t'engages à
100%. Cela a aidé à faire de moi un meilleur
pratiquant d'Arts Martiaux... une personne plus forte.
K.B. : Ce voyage pour Tôkyô
dût être un sacré voyage !
Takayuki Kubota : Mon père avait donné
un peu d'argent au conducteur pour qu'il s'arrange pour m'introduire
à bord du train. Ma famille me donna un peu d'argent,
un peu de nourriture pour le voyage et me souhaita bonne chance.
Un de mes frères m'accompagna jusqu'au bout de Kyushu.
Après, je me suis retrouvé tout seul. J'étais
tellement malade à cause du train... comme jamais je
ne l'avais été auparavant !
K.B. : Connaissiez vous quelqu'un
là-bas ?
Takayuki Kubota : Mon père avait écrit
à un ami pour lui demander de me surveiller un peu.
Je me rappelle le moment où, debout dans la gare de
Tôkyô, je cherchais quelqu'un que je n'avais jamais
vu. En fin de compte nous nous sommes trouver après
un jeu de regards embarrassés. Il me pris dans sa "
maison "... c'était plutôt une cabane !
Il faut se souvenir de l'époque... personne ne possédait
beaucoup de choses. Il partagea son logis, sa nourriture.
K.B. : Pourquoi avez-vous émigré
aux Etats-Unis ?
Takayuki Kubota : Les Etats-Unis étaient comme
un rêve pour beaucoup de japonais de ma génération.
J'ai eu l'impression d'être appelé... comme si
c'était mon destin d'aller là.
K.B. : A Tôkyô, vous
entraîniez-vous ?
Takayuki Kubota : Bien sûr ! Quoiqu'il puisse arriver,.
je trouvais toujours du temps pour m'entraîner. Souvent
juste les bases mais je m'entraînais toujours.
K.B. : Comment vous êtes vous
retrouvé dans la police ?
Takayuki Kubota : J'étais près d'un Koban (bureau
de police local) quand une altercation éclata. J'ai
aidé les policiers. Là j'ai rencontré
un détective qui s'appelait Karino. Karino me prit
sous son aile et m'aida beaucoup. Il m'amena à mon
premier vrai dôjô. Il y avait ce chinois, Tsai,
qui possédait une sorte de salle d'entraînement.
Je l'observais pendant des heures. Je pense maintenant que
j'ai sûrement commencé à prendre certaines
de mes idées sur les mouvements circulaires de Tsai.
Puis, Karino me présenta à des personnes qui
aimèrent mon approche des Arts Martiaux. De là,
j'ai eu à partager mes idées avec la police.
Cela m'a aidé à améliorer mon propre
style.
K.B. : Comment votre travail dans
les forces de police a-t-il influencé votre pratique
des arts martiaux ?
Takayuki Kubota : J'avais la possibilité de
tester mes techniques " sur le terrain ", et de
voir si elles marchaient ou pas ! De plus, le fait d'avoir
travaillé avec plusieurs types de forces de police
m'a fait comprendre le besoin d'une certaine variété
de techniques, avec différents " niveaux de force
". Parfois, il ne faut pas blesser la personne... et
parfois on n'a pas le choix. Un bon pratiquant d'Arts Martiaux
doit pouvoir utiliser différents niveaux de force,
pour protéger sa personne ou bien un tiers.
K.B. : Vous essayiez toujours d'en
apprendre plus sur les Arts Martiaux ?
Takayuki Kubota : Oui, avec des amis comme Karino
j'ai pu rencontrer d'autres pratiquants. Pas seulement des
karatekas mais aussi des lutteurs, des aikidokas, des judokas,
... toutes sortes de pratiquants. Ce fût une période
très intéressante. J'ai rencontré Mr
Toyama du Shudokan, et j'ai commencé à observer
ses idées et ses méthodes. Je regardais les
katas... je ne me suis pas vraiment entraîné
avec ses élèves... je regardais simplement et
apprenais.
K.B. : Vous avez aussi appris avec
des lutteurs ?
Takayuki Kubota : Oui, mais ceux-là n'étaient
pas comme ceux que l'on voit en ce moment. La plupart d'entre
eux était assez rudes. J'avais un favori... Rikki Dozan.
Les gens s'agglutinaient devant les quelques télévisions
pour voir ses matchs. J'avais toujours voulu le rencontrer.
Mes amis me traitaient de fou... c'était une grande
star. Et finalement j'eus cette chance, un jour, bien que
son garde du corps ait essayer de s'interposer. Il a probablement
pensé que j'étais fou ! En fin de compte, nous
avons discuté et nous nous sommes bien entendu. Nous
avons parlé pendant des heures de l'entraînement
et des Arts Martiaux. Grâce à lui, j'ai pu rencontrer
Mas Oyama, et bien autres.
K.B. : Comment cela c'est il passé
avec Maître Oyama ?
Takayuki Kubota : Mas Oyama était aussi fou
d'Arts Martiaux que moi je l'étais, donc nous nous
sommes plutôt bien entendus.
K.B. : Qu'est ce que le Gosoku-Ryu
?
Takayuki Kubota : Gosoku-Ryu signifie style dur et
rapide. Des éléments du Shotokan et du Goju-Ryu
sont combinés pour créer un système développant
force, vitesse et faculté d'adaptation. Parfois, on
a besoin de bloquer ou d'attaquer de manière puissante,
parfois une technique plus fluide est nécessaire. Le
Gosoku-Ryu enseigne cela au pratiquant pour que ce dernier
possède ces deux aspects dans son arsenal.
K.B. : Qu'est-ce que le Kubotanâ
?
Takayuki Kubota : Le Kubotanâ est un petit
porte-clé en plastique que j'ai développé
à l'origine pour les officiers de police de petite
taille. J'ai aussi inventé plusieurs techniques pour
que ces officiers puissent contrôler les suspects plus
facilement, sans les blesser. Puis ensuite, j'ai créé
des techniques que le citoyen moyen peut utiliser pour sa
défense personnelle. Aujourd'hui, le Kubotanâ
est utilisé par des milliers de personnes dans le monde.
K.B. : Pensiez-vous que les Arts
Martiaux en général et le Karaté en particulier,
allaient atteindre une telle popularité ?
Takayuki Kubota : Je savais qu'ils allaient grossir
et se développer mais jamais je n'aurais cru qu'ils
deviendraient populaires à ce point. Je suis très
heureux de voir les Arts Martiaux pratiqués dans tant
de pays, tout particulièrement en France. J'ai toujours
été impressionné par le sérieux
des français dans leur pratique des Arts Martiaux.
Un jour j'espère pouvoir venir en France afin de partager
ma pratique des Arts Martiaux avec les nombreux budoka de
ce pays.
Steven Heyl et Guillaume Morel, pour Karate-Bushido.
Traduction : Guillaume Morel. Photos John L. Heyl.
Remerciements à Doshin Martial Arts Supplies http ://www.doshinmartialarts.com
Le conseil du maître
J'essaie d'apprendre quelque chose de nouveau à
chaque séance d'entraînement. Cela me permet
de préserver ma pratique personnelle des Arts Martiaux.
C'est la raison pour laquelle je m'entraîne tous les
jours depuis presque 60 ans.
 |
Des apparitions cinématographiques
Les talents de ''Tak'' Kubota ne sont pas passés
inaperçus aux yeux d'Hollywood. Soke Kubota travailla
plusieurs fois en tant que conseiller technique pour les scènes
de combat de plusieurs films. Takayuki Kubota est aussi apparu
dans de nombreuses séries ainsi que dans des long-métrages
comme
" The Mechanic " (1972) avec Charles Bronson et
Jan-Michael Vincent (le Stringfellow Hawk de Supercopter),
" Killer Elite " [Tueurs d'élites] (1975)
avec James Caan,
" Rising Sun " [Soleil Levant] (1993) avec Sean
Connery, Wesley Snipes, Cary-Hiroyuki Tagawa, Mako, et la
pulpeuse Tia Carrere dans une scène de combat où
Takayuki Kubota était aux côtés du célèbre
Shihan de l'Itosu Kai Shito Ryu, Fumio Demura 8ème
Dan,
et son préféré, " The Hunted "
[La Proie] (1995) avec Christophe Lambert et la belle Joan
Chen dans une histoire Ninja-Chambara contemporaine, très
martiale, très japonaise.
 |
Des experts en baïonnette
Denjiro Kubota, le père de Takayuki Kubota, travailla
pour les forces de police japonaises jusqu'à l'âge
de 85 ans. Il y était expert en combat à la
baïonnette (Jukendo). Satoru, le grand frère de
Takayuki Kubota, apprit avec son père le maniement
de cette arme et il fût choisi, pour son habileté,
comme instructeur de combat à la baïonnette dans
l'armée impériale.
''Tak'' Kubota, entraîneur
des forces de police
L'efficacité de Soke Takayuki Kubota acquit une forte
notoriété auprès des forces de police
et militaires qui firent et font encore souvent appel à
ses connaissances. Après ses débuts dans la
police japonaise, Kubota travailla pour l'U.S. Army, l'U.S.
Air Force, la C.I.A., le L.A.P.D. (Los Angeles Police Department).
Il fût aussi le garde du corps de Edwin Reischauer,
l'ambassadeur des Etats Unis au Japon.
Les 3 questions à Kubota Takayuki
Philippe Lasserre (judoka) : Quel est pour
vous l'Art Martial le plus complet ?
Takayuki Kubota : Je ne pense pas qu'un quelconque
art martial soit complet. C'est la raison pour laquelle je
(et beaucoup d'autres) continue à étudier et
à m'entraîner... pour essayer de rendre notre
pratique personnelle des Arts Martiaux la plus complète
possible.
Thomas Brissaud (aikidoka) : A quel
point l'Aikido vous-a-t-il influencé ?
Takayuki Kubota : Il a eu une large influence sur
moi et sur mon art, le Gosoku Ryu. Les mouvements circulaires
sont devenus partie intégrante de mon style. L'Aikido
a aussi joué un rôle important dans le développement
de mon style personnel de Gyaku Te Jitsu qui englobe les points
vitaux, les luxations d'articulations, etc...
Sébastien Molina-Lira (taekwondoiste)
: Pensez-vous que l'olympisme serait une bonne chose pour
le karaté ?
Takayuki Kubota : Oui, tant que l'on maintient l'influence
" martiale " sur le sport. Personne ne veut que
le karaté perde cet aspect. Je pense que les gens apprécieraient
le karaté sportif, tout spécialement comme le
pratique l'équipe de France. Ils utilisent une grande
variété de techniques... pas seulement Gyaku-Zuki.
Cela intéresse les spectateurs et permet de montrer
une plus grande partie de l'Art.
© Attention, ce texte est protégé
par le code de la propriété intellectuelle.
Il ne peut être utilisé dans un but commercial
sans l'accord de son auteur. Il peut être utilisé
dans un but non commercial si la mention de l'auteur est faite
et le copyright maintenu.
|