|
[réalisé en 1999, suite à mon premier
voyage à Shaolin. Attention, les prix ont changé
depuis !]
Destination Shaolin
Pratiquer le Kung Fu à Shaolin
même, n'est-ce pas un rêve que partagent bon nombre
de pratiquants d'Arts Martiaux ? Mais Shaolin existe-t-il
vraiment tel qu'on se l'imagine à travers les films
ou les articles exhibant le temple et ses fameux moines, souvent
présentés comme inaccessibles tant par mysticisme
que par simple éloignement géographique ? Ce
rêve est-il si loin de nous, occidentaux ?
Géographie de Shaolin
Shaolin est une simple rue de quelques kilomètres
de long, bordées de dizaines d'écoles de Wushu,
menant au célèbre temple (Shao Lin Si), ainsi
qu'à la forêt de pagodes (Ta Lin). Le temple
est très touristique. Des bus défilent quotidiennement,
drainant les lieux de flots de touristes chinois et étrangers.
Si vous séjournez à Shaolin, vous sympathiserez
sûrement avec les quelques occidentaux qui s'entraînent
à la même période que la vôtre.
Cette petite famille permet une entraide intéressante
sur de nombreux points (échange d'idées - difficile
avec les locaux si vous ne parlez pas chinois, contacts, pratiques
et habitudes locales comme le marchandage...). De nombreux
magasins bordent la voie qui mène au temple, vendant
armes de kung-fu, tenues d'entraînement (traditionnelles
et modernes), et quelques produits alimentaires ou d'usage
courant. Shaolin est assez isolé : pas de banque, peu
de services hormis quelques postes téléphoniques;
la ville la plus proche est à 60 kilomètres,
soit 2 heures de bus (qui ne vous coûteront que 8 à
10 francs). On trouve dès le carrefour avec les routes
menant à Zhengzhou et Luoyang des écoles immenses,
ressemblant à des petits HLM grouillant de jeunes en
uniformes.
Le Wushu Guan
Quelques centaines de mètres plus loin on découvre,
juste avant une barrière filtrante pour les automobiles,
d'immenses terrains d'entraînement en terre battue.
Juste après cette sorte de péage, on trouve
le célèbre Wu Shu Guan (ou Shaolin Wushu Center),
centre d'entraînement de haut niveau. Là s'entraînent
les plus fameuses équipes de démonstrations
qui parcourent la planète, sous la férule de
coaches souvent issus du temple. Ce centre comprend un hôtel
(luxueux pour l'endroit), un restaurant (cher), et surtout
un centre d'entraînement digne d'un film d'arts martiaux,
avec salles intérieures bondées d'armes, salle
de démonstration, surface de combat extérieure
surélevée, poteaux et autres constructions destinés
aux exercices quotidiens. En face se trouve un très
grand terrain de démonstration avec des gradins à
la " stade de foot " : l'école du moine Shi
De Yu. Le centre propose des cours particuliers aux étrangers
à la journée, pour le prix de 20 dollars américains
(soit env. 30 francs de l'heure à raison de 4h par
jour pour les débutants). Le professeur vient en général
du temple Shaolin, et les leçons privées se
déroulent dans de très bonnes conditions. Le
niveau technique des entraîneurs est plus qu'impressionnant.
Avec un peu de chance, vous vous entraînerez dans la
même salle qu'une des équipes de démonstration,
et leurs prouesses ne pourront que vous surprendre.
Le Temple Shaolin
Plus loin sur la route, on croise encore d'autres
écoles et d'autres terrains vagues foulés par
les centaines de jeunes pratiquants. Puis de nombreux restaurants
très bon marché se succèdent. Après
ces quelques auberges apparaît la cour de l'entrée
du fameux temple Shaolin. En général bondée
de touristes se faisant photographier dans les positions les
plus exotiques, elle est l'image que tout le monde connaît
du Temple Shaolin, avec le célèbre écriteau
doré, les murs rouges, les statues de lions gardant
l'accès, les fenêtres latérales rondes,
etc... Le temple n'est pas immense, il se découpe en
7 bâtiments parallèles destinés au culte,
comprenant la célèbre salle dont le sol fût
déformé par les entraînements des moines.
Dans quelques bâtiments latéraux vous trouverez
quelques produits bouddhistes à la vente. A l'issue
d'une porte on peut découvrir des pratiquants : en
effet l'entraînement à l'intérieur du
temple a toujours lieu. Il vous est possible de vous entraîner
pour des périodes d'au minimum un à deux mois.
Au delà du temple, le caractère touristique
du site est poussé à son paroxysme. Des dizaines
de petites échoppes juxtaposées vendent les
objets les plus hétéroclites et inintéressants
du monde, souvent sans rapport avec le lieu. La forêt
de pagodes n'est pas loin du temple et surprend par sa taille,
imaginée bien plus grande pour ceux qui ont vu les
films avec Jet Lee sur Shaolin. En longeant le temple par
la gauche on peut rejoindre, après de longs et pénibles
escaliers, la cave de Bodhidharma (Tamo). Cette petite grotte
de quelques mètres carrés est gardée
par une nonne et offre une vue magnifique sur toute la vallée
du Songshan (" mont Song "). Au sommet de la colline,
la grosse statue blanchâtre de Tamo veille sur le temple
situé en contrebas. Autre attraction qui pourra occuper
vos journées de repos : les Dragons' lakes, petites
vasques d'eau dans un paysage calcaire où les moines
et instructeurs viennent souvent pour des séances photos.
Le lieu est calme, et se trouve au delà des échoppes
à touristes, dans la montagne après avoir gravi
quelques chemins escarpés.
Shaolin, une atmosphère
Mais Shaolin c'est avant tout une ambiance ; une
atmosphère martiale poussée à son paroxysme.
La population locale est ici uniquement pour les Arts Martiaux.
Les rues sont sans cesse arpentées par des jeunes guerriers
répétant mécaniquement les gestes qu'ils
pratiquent quotidiennement. Les entraînements sont presque
tous en extérieur, et il s'en dégage un réel
sentiment de détermination, d'implication et de dévouement
total au Wushu. Les instructeurs sont sévères,
les exercices difficiles, les élèves poussés
à bout mais habitués et motivés. Les
hébergements sont très précaires, les
enfants souvent entassés dans les dortoirs, l'eau rare,
les toilettes communes et très sales. Inutile de dire
que sans une très forte motivation, les étudiants
ne tiendraient pas ce rythme de vie. Shaolin, on y va pour
peaufiner son Kung-Fu lorsque l'on est expérimenté,
mais aussi et surtout pour pouvoir ressentir cette atmosphère
guerrière hors du monde et hors du temps. N'hésitez
pas : prenez votre backpack, un billet d'avion et partez à
l'aventure.
Reportage Guillaume Morel.
Merci à Shi De Cheng et à Fu Lin pour leur accueil.
 |
Le logement
L'hôtel du Wushu Quan est le logement le plus
luxueux de Shaolin, pour un prix allant de 100FF pour une
chambre simple à moins de 50FF/pers. en chambre triple
(en marchandant un peu). Le logement dans un autre hôtel
ou dans des chambres d'hôtes coûte entre 10 et
20FF par nuit pour une durée de plusieurs jours. N'hésitez
pas à marchander de manière drastique en vous
basant sur les prix annoncés ci-dessus.
La nourriture
Le prix des plats au restaurant varient énormément
selon votre origine. Il faut donc les marchander avant de
commander. Au Wushu Quan, les prix sont fixes et semblables
aux prix occidentaux, c'est à dire très onéreux
pour la Chine. En revanche pleins de petits restaurants offrent
des plats pour des prix défiant toute concurrence.
Juste avant le temple, une succession de petites tavernes
situés sur la partie supérieure de la route
proposent, au prix locaux (il faut parfois discuter pour obtenir
les prix " chinois " et non les prix pour occidentaux)
par exemple des nouilles sautées aux légumes
pour 2FF l'assiette très copieuse. La bouteille de
60cl de bière vaut moins de 2FF. De nombreux vendeurs
de rue proposent toutes sortes d'aliments à des prix
pouvant décupler selon leur humeur et votre comportement.
Un petit déjeuner vaut entre 80 centimes et 2FF, pour
un bol chaud de soja ou de riz trempant dans une excellente
mélasse, ainsi que deux ou trois beignets.
Le voyage
Un aller-retour pour Pékin se trouve aux alentours
de 4000FF. Se renseigner auprès de Voyageurs Du Monde
(rue St Anne à Paris), de la compagnie aérienne
russe Aeroflot, ou en regardant les promotions selon les saisons.
Attention : il vaut mieux s'y prendre assez tôt (6 mois
auparavant). Ensuite localement, il vous faudra prendre le
train de Pékin jusqu'à Zhengzhou (dans les 100FF),
puis le bus jusqu'à Shaolin (2 heures, 10FF : attention
aux intermédiaires qui essaient toujours de vous vendre
le trajet plus cher pour toucher leur commission. Adressez-vous
directement aux contrôleurs du bus).
Les équipements
Sur place vous pourrez trouver tout le nécessaire
à l'entraînement : chaussures Feiyue adoptée
par 80% de la population locale (env. 20FF), pantalons de
survêtements Li-Ning (le Adidas chinois) allant de 15
à 40FF, ... Côté armes d'entraînement
le choix est vaste : sabre (env. 15FF), bâton (env.
4FF), chaîne (env. 10FF), pao (env. 40FF), doubles crochets
(env. 60FF)...
Les classiques de l'entraînement à Shaolin
Le stretching est une base
primordiale des entraînements à Shaolin. Les
débuts de cours ainsi que les moindres temps morts
ou de récupération sont consacrés à
des exercices d'assouplissements des membres inférieurs.
Le travail de l'écart latéral est sans conteste
l'exercice le plus courant.
La course à pied
et les épreuves d'endurance tiennent une place importante
dans le conditionnement des étudiants de Shaolin. Tous
les matins, à 5 heures, les écoles débutent
la journée par de la course en groupe, parfois en chantant.
Selon les programmes, les joggings peuvent être très
éprouvants comme lorsqu'il s'agit de monter jusqu'à
la statue de Tamo culminant en haut de la montagne jouxtant
le temple, et située au bout d'innombrables et très
raides escaliers. Parfois une journée entière
est consacrée aux exercices militaires (marches au
pas, déplacements en groupe...) et à l'endurance
: des groupes compacts d'élèves courent sur
un mini-circuit d'une vingtaine de mètres de long jusqu'à
la limite de l'épuisement et de l'évanouissement
(qui arrive parfois), sous les encouragements de leur camarades
qui attendent leur tour...
Les répétitions
de techniques en ligne est l'incontournable des débuts
de cours. Des enchaînements courts et codifiés,
répétés inlassablement plusieurs fois
par jour et quotidiennement permettent au bout de plusieurs
années une maîtrise totale des techniques comme
Titui (coup de pied de face jambe tendue), les coups de pied
en croissant, le balayage retourné au sol...et des
positions de base comme Gong Bu (fente avant), Ma Bu (le cavalier),
...
Les tao à mains nues
font l'objet de cours spéciaux au même titre
que les cours de tao avec armes, de combat, ou d'acrobatie.
Les élèves passent souvent un après-midi
entier à répéter, tous ensemble, sur
les commandements de leur instructeur, un " tao "
(appelé quan) ou une séquence de ce tao. Les
répétitions totales à vitesse de combat
sont fréquentes et fatigantes quand on voit le dynamisme
que réclament ces enchaînements d'une très
haute technicité, alternant fréquemment positions
très basses, sauts et acrobaties...
Les tao avec armes sont
aussi courants que les tao à mains nues. Les armes
les plus couramment pratiquées sur les terrains d'entraînement
sont le bâton, l'épée et le sabre. Les
équipes de démonstration affectionnent aussi
la chaîne, les doubles crochets, le fléau à
3 branches... Tous les après-midi, sur un vaste terrain
situé derrière un porche à 50 mètres
avant la barrière d'accès à la route
du temple, sont regroupés plusieurs centaines de jeunes,
orchestrés par une quinzaines de sévères
instructeurs munis de haut-parleurs. Ils exécutent
une forme avec bâton en parfaite synchronisation sur
une célèbre musique vantant les qualités
des guerriers issus de Shaolin.
Le Sanda, les combats avec
protections et les cours de combat sont pratiqués aussi
de manière régulière. Les entraînements
sont constitués de travail au sac, de travail à
deux avec pao (boucliers de frappe)... Des affrontements avec
protections sont organisés sur des tapis, l'amenée
au sol étant très fréquente et recherchée.
Les techniques de projection sur attaques de pied font l'objet
de nombreux exercices à l'entraînement. La sévérité
et la rigueur de ces entraînements est souvent extrême
: il n'est pas rare de voir des élèves blessés
par leur instructeur car leur garde était trop ouverte
ou parce qu'ils manquaient de détermination ou laissaient
échapper un signe de fatigue.
Les acrobaties sont bien
plus fréquentes à Shaolin que dans n'importe
quelle autre forme d'arts martiaux. Les ateliers de gymnastique
sont aussi nombreux que ceux de combat. Ils offrent parfois
des réceptions souples (tapis), des tremplins... et
le panel de techniques est très varié : saut
de main, flip arrière, saltos, rondade, costal (roue
sans les mains), saut de carpe, chute amortie sur le dos,
saut de tête, coups de pied sautés (direct, latéral,
retourné, ...), butterfly kick (avec ou sans vrille),
... sont au programme.
© Attention, ce texte est protégé
par le code de la propriété intellectuelle.
Il ne peut être utilisé dans un but commercial
sans l'accord de son auteur. Il peut être utilisé
dans un but non commercial si la mention de l'auteur est faite
et le copyright maintenu.
|