|
Ce Blog est en fait le log des newsletters envoyés
à mes amis pendant mon séjour en Chine de l'année
2002-2003.
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Monday, July 21, 2003 8:59 PM
Subject: [Chine] de la gentillesse du Dong Bei
Bonjour à tous,
Deux lettres successives pour parler des expériences
avec les chinois... c'est une coincidence et aussi car j'ai
eu de bons retours sur l'histoire précédente.
Ce week-end, David (un ami français du programme)
et moi sommes allés à Shenyang, une ville du
Nord-Est (Dong-Bei) de la Chine.
Des amis à moi, 3 jeunes membres de l'équipe
de Wushu que j'ai amené à Bercy au mois de mars,
m'avaient proposé de venir.
10h de train couchette, ce n'est pas très loin de
Pékin et nous voilà débarquer samedi
matin dans la gare de Shenyang.
Deux des 3 wushumen accourrent pour nous accueillir et c'est
parti pour 2 jours incroyables, où malgré nos
efforts nous n'avons pas pu payer quoique ce soit,
et pendant lesquels nous n'avons cesser de bouger, de manger,
de boire... =)
Dans le Dong-Bei, lorsque l'on a des invités, il est
impensable de les laisser seuls une demi-journée, ou
de leur laisser payer un repas ou un taxi. Les 3 wushumen
s'entraînent tous les jours dans un gros centre sportif
en périphérie de la ville.
L'école est un peu grise, mais les sportifs nombreux
et très balaises. Eux 3 sont champions de Chine et
je pense bientôt champions du monde.
Donc samedi matin commence par la dépose des sacs
à l'hotel... ils ont réservé la plus
grande chambre de l'hotel qui porte le numéro 888 (richesse),
avec une chambre séparée, un salon et une grande
salle de bains avec jacuzi et sauna. Quasiment aucun de ces
services ne marchent, les chiottes sont à la turc,
mais le geste est là. L'hotel est en face de l'école
et ils ont pris ce qu'il y avait de mieux.
Là déjà avec David on se sent mal car
ils nous disent que tout est arrangé et qu'on ne paiera
pas. Connaissant leurs relativement maigres salaires, on est
gêné.
Puis petit déjuner furtif et on va assister au cours
de Wushu que donne le plus agé des 3, de 9h à
11h.
Inutile de dire que les élèves sont costauds,
très souples, très acrobates... il faut le voir
pour le croire. Moi j'ai un peu l'habitude depuis le temps
que j'en voir, mais David est impressionné.
Puis le repas de midi arrive, en présence de la chef
de l'école. Elle a 26 ans, et c'est une business-women
très sûre d'elle.
David entonne une chanson chinoise au Karaoke avec l'un des
3... moi je chante déjà mal en français,
alors je refuse tout essai =)
La bière coule déjà à flot. Dans
les bons plats à retenir, une soupe aux huîtres.
Puis on nous annonce qu'on a de la chance, c'est le jour de
la sortie annuelle, le département Wushu va à
la piscine.
Repos d'une petite heure, sieste+paracétamol et c'est
parti pour la grande piscine de Shenyang, avec toboggans,
plongeoir et tout et tout.
Là, on se rend compte que physiquement les 3 boys
n'ont pas grand chose à envier à Hulk... mais
nos grands guerriers ne savent pas nager =)
Il faut savoir que c'est très courant, les chinois
ne savent en majorité pas nager.
J'avais découvert ça avec un ami à Pékin,
qui m'avait invité à la piscine, et avec qui
j'avais commencé la faire la course.. en 2 brasses,
il était largement dépassé, et ce n'est
qu'après que je comprenais qu'il venait tout juste
d'apprendre, tout seul, à nager, 2 semaines auparavant.
Donc nos 3 champions ne savent pas nager, et on insiste auprès
du plus rebelle des 3 pour qu'ils viennent avec nous dans
le bassin de nage.
Le bassin fait genre 1m70-1m80 de profond... sur la pointe
des pieds on peut faire dépasser la tête, mais
lui est un poil plus petit que moi... donc il coule, et il
faut le maintenir.
Le plus jeune essaiera de nager dans un petit bassin, on essaye
de lui expliquer à 2 (avec David), mais il flotte comme
un fer à repasser. Pourtant les chinois pèsent
pas lourds, mais bon.
Il faut dire aussi que ce dernier est blessé de la
démonstration de Bercy... ligaments du coude cassé,
opéré il y a un mois avec une cicatrice digne
des pirates (ils ont un petit "hopital" dans l'école),
il recommence doucement la muscu et les activités avec
les bras. De toutes façons il dira jamais qu'il a mal.
Voilà donc pour la piscine, et on part pour une petite
visite de la ville. Shenyang a un joli palais impérial...
très connu mais en réparation, donc on a rien
vu.
C'est pas grave, on a marché, discuté, ... c'était
cool. Puis le soir, il y a un festival coréen (le Dong-Bei
est proche de la Corée).
On va dans le Korea Town, et on mange de la bouffe délicieuse
: un Korean barbecue avec de la viande de boeuf en gros morceaux
(ils découpent toujours tout en Chine d'habitude),
ça ressemble à nos steacks c'est excellent.
Vin et re-bière. David et moi sommes motivés
pour le rythm of the night, mais les chinois s'excusent 15
fois très tristement : l'école ferme à
22h et ils ne peuvent pas faire autrement que de rentrer avant
cette heure. Qu'à cela ne tienne, il est tôt
(oui on a commencé les steacks à 17h30, et alors...
ils mangent tôt en Chine) et on a encore le temps d'aller
dans le parc de la ville, où un tombeau et divers vestiges
trônent fièrement. Le parc est très agréable,
la nuit tombe, c'est une super balade et on continue à
échanger gaiement avec nos chinois (on aura parler
chinois pendant ce week-end!).
22h, après nous avoir donner des bonnes adresses,
David et moi allons en boîte (chic, pas terrible), et
dans un massage coréen.
On reste plus de 3h au massage, avec 30 minutes de négociations
à cause d'un malentendu sur le prix des massages (on
gagnera finalement).
Le lendemain réveil à 8h30 pour une excursion
dont ils nous ont parlé depuis la veille au matin.
Il s'agit d'un parc d'attractions en banlieue lointaine, très
connu parait-il.
Le chef des 3 négocie un taxi pour y aller (il aura
raison d'avoir fait ça), et le taxi part, se perd,
prend une route totalement bloquée par les bouchons,
fait demi-tour après une demi-heure, prend une autoroute,
se trompe de sortie... 11h30 on arrive au parc. Bon, le parc
est très chinois... au début on se demande pourquoi
on est venu. Mais finalement on comprend... on peut voir une
dizaine des 20 derniers tigres du DongBei encore vivants (bon
autant vous dire que dans 10 ans c'est fini ce genre de bestioles).
Impressionnant. Ya des ours aussi, qui tournent sur eux-même
en échange de nourriture. Amusant.
Et le clou du spectacle c'est un terrain de 100m de long,
on croit que ca monte et en fait ca descend, ou l'inverse,
un truc comme ça. Il a bien fallu une demi-heure pour
qu'on comprenne la chose et ressente en effet une sensation
de descente alors que nos yeux voient une montée est
vice-versa. D'ailleurs si certains d'entre vous connaissent
des sites web qui parlent de ce phénomène, dites-moi...
je me souviens avoir vu ça en cours de Physique, mais
c'est loin tout ça.
Bon en tout cas on est content d'être avec eux et ils
sont toujours adorables, aux petits soins, quelque chose d'inimaginable.
On rentre... resto typique de campagne du DongBei, pour la
première fois je mange un plat qui sent l'Auvergne
: une salade tiède de pomme de terre et aubergines...
purement délicieux.
On a aussi des crysallides de papillons de nuit. Jamais essayé,
c'est pas mauvais du tout, et puis ça nous permet de
réviser le vocabulaire spécialisé "protéines,
lipides" avec nos sportifs (note pour les sportifs :
c'est plein de protéines c'est trucs, 2 équivalent
à un blanc d'oeuf).
Inutile de dire que l'on est cassé, entre l'alcool,
les heures de voiture et de marche, on rentre à l'hotel
et s'effondrent sur le lit.
Pas pour longtemps, les 3 wushumen qui s'étaient absenté
pour donner un petit cours reviennent en pleine forme près
à repartir.
Comprenant notre détresse, ils nous amènent
dans un salon de thé calme, avec cybercafé.
Je leur montre la vidéo de leur démo en ligne
(les 3 gars en question, en action : http://stevecolas.nerim.net/videos.htm
2eme vidéo).
Puis on repart au resto... oui on a fait que ça en
fait pendant ce week-end et là, spécialité
de Shenyang, le pain fourré à la viande... encore
super bon.
Il est l'heure de repartir, nos 3 chinois préférés
nous accompagnent bien sûr à la porte du train,
et là on a un peu le coeur gros de se dire qu'on sait
pas quand on les reverra.
En tout cas, on les reverra =)
a+
Guillaume
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Sunday, July 13, 2003 7:10 PM
Subject: [mail de Chine] de Shanghai à Pékin
Salut à tous,
Après une semaine de folie à Shanghai, je suis
de retour à Pékin, toujours à "BeiWai",
l'Université de Langues Etrangères.
Shanghai est une ville impressionnante et très différente
de Pékin.
Architecturellement, Pékin a de très très
larges avenues, de gigantesques buildings au look très
communiste (mastoque, imposant, vieillot), alors que Shanghai
connaît plutôt un début de New York-isation
au milieu d'un dédale de petites rues des anciens quartiers
européens. Les gratte-ciels fleurissent de partout,
très modernes/futuristes, assez inspirés de
Hong-Kong par leurs éclairages : la nuit la ville est
à voir, le dessous des autoroutes suspendues éclairé
en violet, certains gratte-ciel deviennent des écrans
publicitaires géants, c'est très loin de la
décoration pékinoise.
Les gens sont aussi très différents. Déjà
il faut savoir que les pékinois détestent les
shanghaiens et vice-versa.
Pékin a toujours été la ville du gouvernement
et Shanghai la ville du business, et cela éveille des
jalousies mutuelles.
J'ai trouvé que les pékinois étaient
finalement bien plus aimables, gentils et curieux que les
Shanghaiens.
Les Shanghaiens sont assez portés sur l'argent, ils
en ont plus que les pékinois et savent s'en servir.
Ils sont beaucoup plus "marketing" en fait... il
savent s'habiller et ça fait un vraie différence.
Au final, je n'ai pas de préférence, et ai
rencontré des Shanghaïens bien sympas, comme un
certain Alex, vendeur dans le plus grand marché de
vêtements local (un marché fait de centaines
de petites échoppes où on passe des heures à
négocier les prix). En fait, un soir avec 2 amis espagnols
nous cherchions une boîte (que nous ne trouvâmes
jamais)... suivant un groupe de chinois qui semblaient habillés
pour aller en boîte, on en arrive à se trouver
dans le couloir d'un restaurant, il était plus d'1h
du matin, et j'accoste l'un des mecs de la bande pour lui
demander si il y avait un disco dans le bâtiment.
Avec surprise le gars me répond en anglais et il a
l'air de bien connaître le quartier. Je lui demande
de me lister les meilleures boîtes du coin. Ces nightclubs
n'apparaissent pas sur le That's Shanghai, magazine de référence
pour les blancs à Shanghai qui recense tous les endroits
pour sortir. Il s'agit en fait de discos (très) pop
chinois. Alex était parti manger avec sa bande (ils
sortent tôt de disco!) et il nous invite à sa
table. On boit un verre avec eux et échange nos coordonnées.
Les jours qui suivent, Alex m'appelle et on se retrouve dans
l'une de ces fameuse boîte chinoise. Mes potes espagnols
étant sur d'autres plans ne se joignent pas à
la fête et je débarque seul dans cette boîte
dans laquelle je suis déjà allé (2 jours
auparavant, grâce à l'adresse que m'avait laissé
Alex, j'y avais amené une dizaine de personnes du programme
pour les épater avec cet endroit extra-ordinaire).
La boîte est un peu glauque, séparé entre
une piste de rollers en parquet et une piste de danse. La
population est uniquement chinoise, et on sent une ambiance
de lutte de males en quête de flirts.
Les blancs sont pas forcèment bien vus, car ils sont
de sérieux concurrents.
Ce soir, j'ai de la chance, je suis accueilli par Alex qui
apparait comme être en fait un petit chef de bande.
Il règle les histoires de bagarre en quelques secondes,
passe son temps à donner des ordres à sa "bande"
et ils obéissent tous. Cela m'amuse énormèment.
Avec moi, il est adorable, m'offre à boire, m'explique
tout ce qui se passe et que je ne comprends pas, danse, me
présente des amis... 1h la boîte ferme, on décide
d'aller manger un peu. Faut dire qu'à Shanghai comme
à Pékin, les chinois mange à 5h ou 6h,
donc à 1h du mat' ils ont faim.
Moi je sortais d'un pub irlandais où j'avais mangé
un hamburger vers les 9h30... le hot-pot à 1h du mat'
me faisait moyen envie.
Mais fasciné par cette bande et séduit par leur
gentillesse à mon égard, bien entendu je les
suis.
Je passe l'épisode où l'un des petits jeunes
du haut de ses 19 ans et 50 kilos souhaite se venger d'un
mec qui lui a mis une dérouillée quelques jours
auparavant (il a des marques d'ongles autour du cou et sur
le haut du buste)... il sort un couteau que lui confisque
aussitôt le chef Alex. Quelques minutes de discussion
et la chose est réglée. Alex a 23 ans. Il m'expliquera
après qu'il a essuyé déjà pas
mal de bagarres, mais que là son copain était
trop jeune et trop léger et qu'il allait se faire démonter...
A table, on amène de la bierre. La tradition en Chine
c'est de boire beaucoup et quand on fait chin-chin (environ
toutes les 4-5 minutes), ça veut dire cul-sec. Là,
Alex est encore adorable, il m'explique tout et après
quelques verres me demande combien de bouteilles je peux boire.
Je lui réponds que sa question est sans intérêt
et que je fais pas la compét'.
A partir de ce moment, il fera super attention, m'autorisera
des chin-chin sans cul-sec et quand trop de chin-chin arrivent
en même temps, ils dira non pour moi à ses amis.
Pareil il m'expliquera en détail comment manger le
hot pot (c'était pas mon premier mais bon...), jusqu'à
me préparer des bouts de viande et me les tremper dans
la sauce qui va bien =)
Alex parle un peu anglais mais il a appris tout seul sur son
marché. Il n'a donc pas le niveau des étudiants,
et il ne sait pas l'écrire... il marche à la
mémoire auditive. Il est très actif, dynamique,
toujours speed et il comprend très vite ce qui se passe.
Je trouve dommage qu'il ne soit qu'un petit vendeur, il a
visiblement du potentiel, du potentiel de chef et aussi la
rage de celui qui veut s'en sortir. Il me dit se faire 300RMB
par jour grâce à son magasin, et il bosse 7j/7
ce qui lui fait un salaire de 9000RMB par mois, c'est vraiment
pas mal (un serveur dans un bar gagne 1000RMB par mois!).
La soirée se finit, ses potes s'en vont et avant de
partir viennent me dire que si j'ai un problème sur
Shanghai, de les appelé et qu'ils peuvent se battre.
Cette petite bande de voyous est attendrissante.
Alex me raccompagne aux taxis... là encore il est le
chef. Il me demande "pour aller à ton hôtel,
tu payes combien d'habitude ?". "35-40 je lui réponds".
Il va vers un taxi, discute et reviens : "tu prends celui-là,
et tu payes 30, tu entends, tu payes 30 et pas plus."
Le taxi ne mettera pas le compteur (première fois que
ça m'arrive) et arrivé à l'hotel il me
demandera 30.
Il y a des rencontres qui marquent...
Voilà, sinon je suis de retour à Pékin,
et ici la frayeur du SRAS a complètement disparu. La
vie est complètement redevenu normale... à part
de temps en temps un petit check de température (ils
ont des appareils qui donne la température au contact
de la peau en moins d'1s), quand on va au musée par
exemple. Je viens de passer un entretien avec une boîte
de conseil en stratégie (aide aux entreprises européennes
souhaitant s'installer ou travailler avec la Chine) pour le
stage que je cherche, et ils semblent assez intéressés,
j'attends voir.
Dernier point, je suis en train de refaire mon site internet.
La version "béta" est sur http://www2.guillaumemorel.com
et je serais très content si vous pouviez aller faire
un tour sur le site et me signaler les erreurs, les coquilles,
les problèmes techniques... et bien sûr me faire
vos critiques.
A bientôt,
Guillaume
[ Historique des "Longs mails" précédents
:
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand
écran
- de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant
- Bercy + SARS
- de Shanghai à Pékin ]
Guillaume
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, April 23, 2003 6:15 AM
Subject: [ATTN: from China] Rapatriement
Bonjour à tous,
Un mail court pour vous dire que je reviens en France, pour
une durée indéterminée d'au moins 3 semaines,
en raison des conditions sanitaires pékinoises.
En quelques mots, de nombreuses universités sont touchées
par le virus SARS, en particulier des universités toutes
proches de la mienne.
Des premiers cas de SARS on été suspectés
dans notre université, des mesures très contraignantes
sont en train de se mettre en place.
En gros les deux solutions envisagées par notre programme
pour les semaines qui viennent sont soit rester dans sa chambre
à l'université et éviter au maximum de
sortir (dans une ambiance où tout le monde ne parle
que de ça, la plupart des gens portent des masques,
etc.), soit rentrer à la maison. Le choix est donc
vite fait.
J'arrive dimanche 27 Avril à 14:40 sur le vol de China
Eastern Airlines MU559, en espérant que d'ici là
ils n'aient pas bloqué notre bâtiment ou l'aéroport.
Je ne sais pas encore combien de temps je passerai à
Paris, et si je descends à Clermont-Ferrand.
Dans tous les cas j'espère pouvoir voir tous ceux que
j'ai loupé lors de mon dernier passage !
A bientôt,
Guillaume
[ Historique des "Longs mails" précédents
:
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand
écran
- de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant
- Bercy + SARS ]
_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme (www.eumanagers.org)
Beijing Foreign Studies University
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, April 09, 2003 5:22 PM
Subject: [ATTN: Long mail de Chine] Bercy + SARS
Bonjour à tous,
Me voila de retour d'un passage éclair à Paris
où j'amenai une délégation chinoise composée
de Champions de Chine de Wushu (arts martiaux chinois) pour
une démonstration au Festival des Arts Martiaux, au
Palais Omnisports de Paris-Bercy.
Le voyage fut un franc succès, même si je n'ai
pu malheureusement voir/appeler/passer du temps avec famille/amis/et
plus si affinités =)
Les 10 chinois ont été très sollicités
et j'ai du jouer l'interprète/agent/facilitateur/régleur
de problèmes pendant les 8 jours de mon séjour,
du matin 7h30 jusqu'au soir minuit ou plus.
Le plus intéressant fut les réunions de négociations
des divers contrats entre la société de production
et l'équipe, très instructives sur la façon
de faire des chinois et un sacré défi de pratique
de la langue. J'ai du passer des heures à faire des
aller-retour avec la production, le manager de l'équipe
et les athlètes qui se rebellaient devant l'autorité
de ce manager. Passionnant, mais crevant.
Ensuite, séances photos, répétitions,
reportage pour France 3 (sous la tour Eiffel sans autorisation...
j'ai rarement vu un travail aussi bâclé), stage
avec 120 personnes, visite éclair des grands monuments,
et enfin le grand soir. La démonstration était
techniquement de très haut niveau et sûrement
la plus appréciée des 15000 spectateurs de Bercy.
Pendant la démo, l'un des jeunes athlètes s'est
blessé au coude, j'ai donc passé la nuit aux
urgences avec lui et croyez-moi, c'était vraiment super.
Super car d'abord il avait juste un hématome et super
car on a pu discuter des heures, marcher dans Paris la nuit
(les taxis se planquaient), finir dans une brasserie à
4h du matin où je lui ai fait découvrir la bière
blanche de Belgique et le whisky Ecossais =)
Il faut dire qu'à part le manager et le coach, les
chinois n'étaient jamais allé en Europe et que
découvrir Paris (en plus sous un temps magnifique)
les a quand même bien touché.
Etant le seul (ou presque) à pouvoir leur parler (ils
ne parlent pas un mot d'anglais ou français bien sûr),
ils étaient tous très sympathiques et agréables
avec moi.
D'ailleurs les chinois sont gentils avec tout le monde, mais
disons que j'avais une relation vraiment privilégiée
et c'est cela que je retiendrai et garderai de ce voyage.
De retour à Pékin on s'est fait une bonne bouffe
chinoise à coup de "ganbei" (cul-sec), de
tradition très chinoise... l'alcool est trop cher en
France pour pouvoir faire ça disent-ils =)
* * *
Maintenant, petit retour à l'actualité. Le
SARS ou pneumopathie atypique machin...
Les questions commencent à arriver sur mon mail et
je vais vous faire un état des lieux, vu de Pékin.
C'est la PSYCHOSE ahahahahahah!!!
=)
Sérieusement, ici les européens sont très
conscients que le gouvernement, à son habitude, étouffe
et camoufle tout ce qu'il est possible de cacher sur l'épidémie.
Ca faisait 3 mois qu'ils cachaient le virus (apparu en Novembre
et médiatisé seulement en Février).
Une chose amusante, voici les règles que tous les chinois
répètent et qui visiblement les rassurent (des
fois je comprends pas pourquoi ils sont si naifs, ca fait
des années que le gouvernement leur ment au nez et
à la barbe et ils gobbent toujours);
4 règles chinoises pour ne pas avoir le SARS :
- faire du sport
- aérer les pièces
- ne pas aller dans les lieux où il y a beaucoup de
monde
- prendre des médicaments chinois (je vous épargne
le nom, de toutes façons j'ai oublié... de la
poudre à mettre dans de l'eau chaude)
Ben croyez-le ou pas, je fais tout ça =)
Mais bon faut pas rêver, c juste du placebo pour que
le public perde pas le moral et pour éviter une panique
générale.
Et ça marche, ici c pas la panique du tout, il n'y
a pas encore de mesures prises contre l'épidémie
(interdiction d'endroits, quarantaines...).
Pas mal de blague plus ou moins douteuses (genre "j'ai
l'impression que j'ai de la fièvre") côté
européen comme côté chinois.
Peu de gens portent des masques... un copain français
dont la famille sont tous médecins est beaucoup plus
alarmiste : il évite les immeubles à air conditionné,
porte un masque quand il peut, et se lave les mains à
l'alcool. Je ne suis pas aussi rigoureux (je fais juste l'alcool),
car après tout, vu le nombre de personnes contaminées
ici, sans être fataliste, si ca arrive c'est que ca
doit arriver. On fait quand même tout le possible pour
éviter des risques (par exemple tous nos voyages dans
le Sud de la Chine sont officiellement annulés par
le programme).
Donc tout va bien, pas la peine d'avoir vraiment peur pour
le moment.
A bientôt,
Guillaume
[ Historique des "Longs mails" précédents
:
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand
écran
- de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant
- Bercy + SARS ]
_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme (www.eumanagers.org)
Beijing Foreign Studies University
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Monday, February 10, 2003 3:52 AM
Subject: [ATTN: long mail] de l'Empire du Milieu au Pays du
Soleil Levant
Le mois de Février est marqué en Chine par le
Chun Jie (Festival du Printemps), c'est à dire la nouvelle
année du calendrier chinois - cette année le
3 février marquait le début de l'année
de la Chèvre.
Je vous souhaite donc Chun Jie Kuai Le (bonne année)
!
Ce sont de grandes vacances pour tous les chinois (les étudiants
ont 6 semaines qui marquent le changement entre deux semestres
universitaires, les travailleurs entre 1 et 3 semaines).
J'ai profité de mes 3 semaines pour partir au Japon...
Du début du voyage
Commençons par le commencement. Je suis arrivé
à Tokyo avec un fort a priori positif sur le Japon,
pays que je souhaite visiter depuis environ 15 ans.
J'avais de la chance, un ami japonais m'attendait à
la sortie des douanes (pourquoi dans les aéroports
on croit toujours que je cache des trucs dans mes godasses
?), et je n'ai eu qu'à le suivre sans effort. Arrivée
à Shinjuku, un des quartiers branchés, Hide
(mon ami) me portait même un sac à dos, ... il
habite à 100 bornes de Tokyo et avait fait 3h de bus
pour venir me chercher. Tout ca pour dire, que les japonais,
quand ils sont amis, c'est pas à moitié. Après
le déjeuner, direction cybercafé pour réserver
un hotel pas cher. Hide décida alors de rester avec
moi et de ne rentrer que le lendemain après-midi. Ainsi
il m'a fait découvrir les fameux "capsules-hotels",
solutions bon marché pour dormir au Japon (entre 20
et 30 euros la nuit). Une capsule par personne, sacs et vêtements
dans des casiers l'étage au dessus, et encore un étage
au dessus, bains, sauna, etc. C'est assez agréable
en fait pour une nuit.
En soirée, nous sommes allés à Harajuku,
quartier des frippes, des tonnes de fringues d'occasions pour
des tenues complètement loufoques, on trouve tous les
déguisements possibles, costumes, chapeaux, style hippies,
ou armée (camo très à la mode), ou gothique,
ou sportif (équipes de baseball, foot, vieux Adidas
ou Puma, etc...)... il y avait même des tshirts nazi
-- et je ne confonds pas avec la croix Manji utilisée
pour symboliser Buddha ! D'ailleurs ici à Osaka d'où
j'écris, les surplus militaires sont nombreux et le
militaria nazi assez fréquents, ca fait bizarre.
Le lendemain je déménageais pour un autre hôtel
sélectionné pour son emplacement et son LAN
gratuit. Mon ami me laissait, l'aventure commençait
vraiment, car jusque là j'étais plutôt
assisté et tout était simple. Mais bon, quand
on a été en Chine, c'est facile : ici plus de
gens parlent anglais, et puis le japonais utilise plein de
mots anglais, les panneaux affichent à la fois les
caractères japonais et le romaji (écriture romaine)...
et avec le chinois, on reconnaît beaucoup de mots (même
si on ne sait pas les prononcer). Donc c'est sans hésitation
que je demande aux passants mon chemin, ils sont tous très
serviables. Pour anecdote, lorsque je cherchais la Japan Karate
Association, j'ai demandé à une femme d'une
soixante d'années, qui croyant que je parlais japonais
commença à me parler en japonais, voyant que
je ne captais pas tout, elle passa en anglais pour me dire
qu'elle parlait un peu anglais mais qu'elle parlait beaucoup
mieux l'italien. Donc ca a fini elle en italien et moi en
anglais, et elle m'a ammené jusque devant la porte
de la JKA !
Ensuite j'ai enchaîné les visites : marcher
dans les jardins impériaux, près du Budokan
(salle de concert géante originellement construite
pour les combats d'arts martiaux/Sumo... Budo = arts martiaux
pour ceux qui savent pas). J'ai visité le temple où
sont enterrés les 47 rônins (47 samurai qui vengèrent
leur maître et durent commettre Seppuku pour ce crime),
le Kôdôkan (mecque du Judo), ... puis je suis
parti à Nagoya voir rapidement un ami japonais de mon
université pékinoise, et enfin arrivé
à Osaka chez un camarade de classe, français,
prof dans une grosse boite qui enseigne les langues à
distance par un système de vidéoconférence.
Pour ceux qui font de l'IT, ce marché est déjà
très gros ici au Japon, ca devrait arriver en Europe
dans quelques temps. Depuis Osaka, on a pu visiter plein d'endroits
à distance de train (1 à 2h) : Kyoto, le village
de Miyamoto Musashi (peut-être le samurai le plus connu
du Japon, je vous conseille la lecture de La Pierre &
Le Sabre, de Eiji Yoshikawa), Iga Ueno (ville du clan Ninja
des Iga), le magnifique chateau de Himeji...
Des premières impressions
Les premières impressions en vrac :
- Incroyable le nombre de gros corbeaux noirs qui croissent
partout dans Tokyo (à fortiori dans les parcs)
- Le business des distributeurs de canettes est énorme,
il y en a tous les 100m
- Le métro est facile à prendre (et j'ai pas
essayé aux heures de pointes quand c'est bondé
et qu'ils poussent pour que tout le monde rentre)... et pas
de sonnerie qui marque la fermeture des portes, mais une première
sonnerie d'avertissement et après c'est manuel : a
chaque bout du train il y a un contrôleur qui s'assure
que la voie est libre et donne un coup de sifflet pour avertir
le chauffeur que c'est ok
- Internet sans censure (par rapport à la Chine), c'est
bon
- Dans le capsule hotel, la brosse à dent avait du
dentifrice intégré dans les poils... ca fait
bizarre mais ca marche
- A Tokyo, j'ai pour la première fois de ma vie senti
la terre tremblait...
- C'est vraiment super propre (les rues, les lieux publics,
les magasins, les toilettes...)
- Les hotels c'est cher, le transport c'est cher (le metro/train
se paye à la distance, des prix variables pour toutes
les stations), mais le reste ca va... la nourriture c'est
un peu moins cher qu'à Paris par exemple, les livres
aussi, mais les magazines plus chers par contre
- Le premier véritable choc culturel est dans la politesse
extrême (j'y reviens plus bas)
- Et dans la rue, la grosse différence avec la Chine,
c'est que personne ne se regarde... pas comme en France où
si on cherche un regard on le trouve naturellement, ici si
vous fixez quelqu'un dans les yeux, il ne vous fixera jamais
et tournera la tête, c'est presque effroyable, je déteste
ça. Pour attirer l'attention d'une personne dans la
rue (pour demander son chemin par exemple), il faut aller
près (mais pas trop pour pas faire peur), dire "sumimasen"
(excusez-moi) bien fort et là alors on a droit à
un regard étonné en sa direction. Des fois il
m'est arrivé d'avoir des "nons"... comme
si je vendais des trucs. Ce qu'il y a de sûr, c'est
qu'ici l'acostage dans la rue et la distribution de tracts
marche très très mal, et c'est d'ailleurs, je
trouve, assez paradoxal avec la politesse extrême que
l'on accorde au Japonais.
De la dévaluation du merci
Imaginez que quand vous achetez un paquet de chewing-gum le
vendeur vous dise 5 fois "merci vraiment beaucoup"
en baissant la tête, ou bien quand vous allez acheter
un livre, les caissières font ensemble un carillon
de "arigatô gozaimashita" (merci beaucoup).
A chaque entrée dans un magasin, vous avez droit à
d'innombrables bienvenues, le matin dans le métro,
le gardien dit bonjour à tout le monde (imaginez, c'est
ridicule...). Au début on est sensible, puis rapidement
on ne se rend plus compte, on s'habitue. Maintenant j'en suis
à me demander la valeur du "merci" d'un Japonais...
que dit la caissière qui va utiliser des formules à
rallonge avec 15 "beaucoup" et 12 "énormément"
(j'exagère un peu) pour vous dire merci quand vous
faites vos courses lorsqu'elle veut vraiment dire merci à
un ami ? En fait le merci du Japonais est implicite et se
mesure avec le temps. Il y a 6 ans environ, j'ai rencontré
sur le net un japonais d'Osaka, passionné de Bruce
Lee, et prof de Karaté. On échangeait beaucoup,
je lui envoyais des livres/magazines de Bruce Lee français,
et il me renvoyait des magazines d'arts martiaux japonais,
des livres, des tee-shirts. Il y a 5 ans il est venu à
Paris et je l'avais guidé une journée. Mais
depuis 2 ans on avait un peu perdu le contact. Avant de venir
à Osaka je lui ai envoyé un mail. Bien évidemment
on s'est vu, il m'a montré plein de magasins super
intéressants, il m'a invité suivre un cours
de Karaté à son dôjô, il avait préparé
des affaires pour moi, et puis après il a amené
les membres du club dans un bar avec moi pour faire une "welcome
party"... je pense que même si sur bien des plans
les japonais peuvent paraître bizarres, ils sont fidèles
et forts dans leurs sentiments. Comme en Chine, quand on ne
se connait pas, c'est la rivalité (au Japon on ne se
regarde pas, en Chine on se considère comme concurrent),
mais dès qu'on devient ami, alors là on peut
vraiment compter sur l'autre.
De la Chine au Japon
"Quelles sont les différences entre le Japon et
la Chine ? tu préfères quoi ?" me demande-t-on
sans arrêt... les chinois me le demandent, les japonais
me le demandent, les occidentaux me le demandent.
Je me suis bien posé la question (je me la pose encore)...
peut-être, pour faire grossier, on peut dire que le
Japon est le pays de l'harmonie par les extrêmes alors
que la Chine au contraire, le pays de l'harmonie par la mesure
(garder la voie du milieu). En tout cas ce qui est sûr,
c'est que je ne préfère aucun des deux pays,
chacun ayant d'excellents atouts et aussi quelques inconvénients.
En fait, les différences sont très nombreuses
(c'est quand même deux régimes très différents
depuis un siècle), il serait plus simple de parler
de points communs : ce qui me vient à l'esprit immédiatement
c'est une gentillesse fondamental des gens (les inconnus qui
aident volontiers et les amis qui sont tous de grande confiance),
et un sourire omni-présent.
à bientôt de Chine,
Guillaume
[ Historique des "Longs mails" précédents
:
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand
écran ]
_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, January 08, 2003 10:26 AM
Subject: [ATTN: long mail de Chine] Skier à Pékin
+ Un Héros sur le grand écran
Tout d'abord, je vous souhaite à tous une Excellente
Année ! (xin nian kuai le)
Le fait qu'il soit possible de skier en Chine n'est pas surprenant
si l'on pense à la superficie du pays et aux nombreuses
hautes montagnes aux hivers rigoureux. Mais cela l'est plus
lorsque l'on connait le revenu moyen d'un habitant (GDP env.
de 900USD par an par habitant...), l'engouement relativement
récent des classes aisées pour les loisirs occidentaux,
etc. Et pourtant oui, on peut skier en Chine et même
pas loin de Pékin, votre serviteur a testé pour
vous.
Alors description rapide du trip ski : une journée,
départ en car de Pékin à 8h, moins d'une
heure trente de route, location de matériel, on est
sur les pistes à 10h et quelques... départ du
bus retour à 17h. Jusque là rien de bien anodin,
tout était bien organisé -- "smooth"
comme on dit. Ce qui est amusant à décrire,
c'est la station.
Imaginez deux grands bâtiments posés en bas d'une
colline remblayée avec des butes de terres, au milieu
de nulle-part... bon avec des montagnes dans le fond pour
faire genre, mais faisant face à une immense plaine
très peu enneigée, où de-ci de-là
apparaissent les toits d'un village ou les cheminées
d'une usine à peine blanchis. Oui, je dois vous dire
que malgré ce qu'ont pu annoncé les médias
européens, certes il a neigé à Pékin,
plusieurs jours c'est exceptionnel, mais ce n'était
pas non plus une tempête de neige terrible et on n'avait
pas 1m de neige (on avait maxi 20-30cm). La station n'a donc
rien à voir bien sûr avec une station des Alpes
(mais alors rien à voir... les gens poussent pas dans
la queue et les débutants ont de la place pour apprendre
=) ), ni même avec le 10ème d'une petite station
du Puy De Dôme (et je connais).
En effet, la station qui arbore le doux nom de NanShan (montagne
du Sud) annonce fièrement 5 pistes -- enfin y en a
une qui se divise en deux, c'est pour ca qu'ils comptent 5.
J'arrête là mes critiques car hormis la taille
trop petite de la station, tout le reste était excellents
:
- le prix de la journée (trajet A/R depuis Pékin,
location de ski et forfait) culminait à 180 RMB (moins
de 160 FRF),
- le matériel loué était très
bon (j'ai eu droit à un bon snowboard, presque neuf,
avec des fixations exceptionnelles de facilité d'emploi),
- le soleil a brillé sous un magnifique ciel bleu toute
la journée (j'ai limite bronzé),
- les remontées mécaniques étaient "normales",
- la neige était bonne (mais damée, faut pas
aimer les bosses), entretenue par des canons à neige
derniers modèles,
- les snowboarders ont leur "pipe" et un tremplin
prévu spécialement (interdit aux skieurs, na!),
- et enfin les pistes, bien que trop courtes, ont des niveaux
de difficultés suffisamment variées pour plaire
à tout le monde.
La journée fût donc très positive.
Alors quelques remarques sur la faune locale... que dire...
il y avait pas mal de snowboarders coréens et quelques
américains que l'ont reconnait aux habits plus "fashion".
Le niveau de ski est moyen, beaucoup de débutants,
mais certains chinois se débrouillent très bien.
En fait aucun style particulier ne m'a vraiment choqué,
à part peut-être un type portant une sorte de
blouson de l'équipe nationale de Chine qu'il avait
du voler à quelqu'un après un sale coup car
vu sa corpulence et vu son habilité à tenir
sur deux skis, je le voyais mal champion de quoi que ce soit.
En fait, il y avait pas mal de chinois citadins assez chics/frim'
(mais bon c'est pas Courch' non plus)... j'en voie encore
un super bien habillé (enfin style chinois), avec des
chaussures en cuir vernis essayant de monter sur un snowboard
pour essayer quelques sensations de glisse. Pour ceux qui
ne savent pas, un snowboard à plat sur une pente si
on n'a pas les pieds fixés dessus, ca glisse comme
une savonnette :-))) Imaginez la suite...
Voilà pour la petite anecdote ski, en espérant
qu'elle vous donnera envie d'aller dans les Alpes, moi j'en
crève d'envie =)
Et pour finir je change complètement de sujet, je reviens
du ciné où j'ai vu la dernière grosse
grosse production chinoise, Ying Xiong (Héros) avec
Jet Li... les ventes dépassent celle de Tigres &
Dragons, ca va vraiment faire un gros gros carton à
mon avis, en Chine et ailleurs. C'est le plus gros investissement
du cinéma chinois (hors Hong-Kong), qui, il faut le
dire, en est à ses débuts. Le réalisateur
n'est pas un inconnu, il s'agit de Zhang Yi Mou, et le film
transpire vraiment les valeurs chinoises avec au premier rang
l'Unité. En deux mots, c'est l'histoire du début
de la Chine unifiée, de ce qui a permit la fusion des
Royaumes Combattants, au travers d'une anecdote touchant l'Empereur
Qin. Ce fut le premier Empereur de Chine, Chine telle qu'on
la connait aujourd'hui, car depuis 221 avant JC (fin de la
période des Royaumes Combattants et début de
la Dynastie Qin) la Chine ne fut plus divisée. Vous
comprendrez ainsi pourquoi aujourd'hui les sujets Tibet et
Taiwan ne sont pas appréciés par les chinois...
2300 ans de culture de l'Unité sont difficile à
contredire !
Le film est une feu d'artifices d'images magnifiques, aux
couleurs vraiment bien choisies, avec bien sûr pas mal
de Wushu, d'armes et de scènes guerrières, mais
le coeur du film réside vraiment dans les symboles,
c'est pour ça que je pense que ça peut plaire
à tout le monde. Ici le prix des places a augmenté
spécialement pour ce film et une politique anti-piratage
a été lancée... du coup j'ai même
pas encore le DVD (chose incroyable en Chine, ils ont fait
fort). Dites-moi quand le film sera annoncé en France
(déjà peut-être ?), et sautez sur l'occasion
si la culture chinoise vous intéresse.
Avant de vous dire au revoir, je souhaiterais vous demander
un petit coup de main pour une petite recherche que je mène.
Pourriez-vous répondre à la question suivante
-- j'espère les réponses nombreuses) :
- quelles valeurs, idées, concepts associez-vous aux
arts martiaux ? (en vrac, les 5 (ou +) premiers/premières
qui vous viennent à l'esprit)
Merci,
Guillaume
[ Historique des "Longs mails de Chine" précédents
:
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois ]
_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, December 11, 2002 12:24 PM
Subject: [Long mail] 1,3 milliards de chinois
[Newsletter from Beijing, PRC]
Et bien oui, la population chinoise a presque doublé
depuis la chanson de Jacques Dutronc ("700 millions de
chinois... et moi, et moi, et moi...") ! :-)
La politique de l'enfant unique (adoptée vers 1978
env.) est finalement très compréhensible quand
on vit ici. La Chine est vraiment un pays qui grouille d'habitants,
des masses incroyables qui n'arrêtent pas de bouger.
L'un de nos professeurs expliquait que la Chine se caractérisait
avant tout par son unité et sa diversité : une
unité ancestrale perpétuée au cours des
dynasties et une diversité intérieure/ethnique
importante (20 pronvinces, 55 minorités majeures et
autant de dialectes).
Malgré cette diversité communautaire qui rend
bien difficiles les généralités sur "les
chinois" (entendre les "han"), j'ai essayé
de lister les qualificatifs qui me venaient à l'esprit
en pensant au peuple chinois que j'ai pu cotoyer à
Pékin bien sûr, mais aussi lors de mes autres
voyages en Chine. Les premiers mots qui me viennent sont :
gentils, débrouillards (helpful), travailleurs,flexibles/s'adaptant
facilement. Ca c'est pour les bons côtés. Le
vrai point négatif est qu'ils sont assez sales (en
dehors du fait qu'ils crachent sans arrêt de manière
rebutante [ie avec effet sonore], les toilettes chinoises
empestent de Pékin à Hong-Kong, de Chengdu à
Shanghai, partout ca pue). De plus, on ne peut pas dire qu'ils
soient mal polis, car ce serait faux... ils sont très
polis, mais sur certains détails, ils n'ont pas les
mêmes règles de politesse que nous. Exemple :
manger un plat en ayant la bouche dans l'assiette et en faisant
le bruit d'une truie de 300kg ne pose aucun soucis dans les
restaurants chinois -- même les plus chics. Enfin quelques
traits plus nuancés que j'ai pu relevé (encore
une fois, cette vision est très personnelle) : les
chinois sont plutôt humbles, relativement patients,
indirects (ils agissent par personnes interposées),
ils cachent énormément leurs sentiments en restant
toujours souriant, et l'une des choses la plus importante
pour eux est définitivement ce que peut penser leur
voisin... le regard que la société peut porter
sur eux est vraiment important. Exemple : pour aller chez
un ami qui habite dans une tour d'appartements autrefois réservés
aux chinois, je devais frôler les murs car les gens
n'aiment pas y voir de blancs, alors que c'est complètement
légal... juste parce que les anciens n'aiment pas ca
et que ca fait jaser. Le bon vieux concept du "on s'en
fout de ce que les autres peuvent penser" ne s'applique
donc que très peu dans l'Empire du Milieu =) Cela s'explique
par un concept confucéen que l'on n'arrête pas
de nous rabacher dans le programme : ne pas briser l'harmonie.
Le chinois se comporte avant tout pour ne pas choquer, ne
pas arriver à une rixe ou à une tension. Un
chinois préférera mentir (et ils n'hésitent
pas à mentir, croyez-moi !) que risquer de mettre en
péril une relation, ou que risquer de créer
une tension. La vérité n'a parfois pas la même
valeur qu'en Europe. Je parlais des relations et de la peur
de briser une relation... ici ils ont un concept, le "guanxi"
(traduire par relations, connections, networking, entraide
mutuelle) très important. Impossible de réussir
en business sans guanxi, car ici tout marche par relations.
Par conséquent, il est possible, voir facile de se
faire de bonne relations de confiance prêtes à
échanger des services, sur le ton de l'amicalité.
C'est très intéressant. Ce n'est pas quelque
chose de nouveau pour nous en Europe, mais cela dit ici c'est
obligatoire pour réussir.
Maintenant que je vous ai dépeint les chinois d'une
manière que j'espère finalement positive (malgré
les quelques critiques), vous pouvez vous aussi avoir envie
d'être ami avec des chinois :-), voici les choses à
éviter lors des conversations avec des habitants de
Chine continentale : le Tibet, la "secte" des Fa
Lun Gong, faire des lapsus et oublier que Taiwan fait partie
de la Chine. Critiquer le gouvernement est aussi mal vu même
si les chinois, eux, n'hésitent pas à le faire
(un américain nous donnait l'excellente image de :
"j'ai le droit de critiquer mon père devant toi,
mais si toi tu critiques mon père devant moi, ce n'est
plus du tout pareil... ici c'est pareil avec le gouvernement").
Après, dans leur comportement quotidien, certaines
choses peuvent choquer ou paraître très singulière...
exemple amusant (enfin pas quand on le vit) : les files d'attentes
ne sont pas un concept reconnu en Chine. Un guichet est un
endroit où l'on doit se précipiter directement,
et essayer au mieux de s'infiltrer jusqu'à l'ouverture
du guichetier pour écraser le bras de son voisin et
lui passer devant. Cela dit, lorsque vous faites remarquer
à la personne derrière vous qui vous pousse
depuis 5 minutes et essaye de doubler par la droite puis par
la gauche... voir par dessous si il peut : "excusez-moi,
je crois que je suis devant vous", c'est avec un grand
sourire que cette personne vous répondra "oh oui
en effet, excusez-moi, allez-y" (on ne casse pas l'harmonie
souvenez-vous).
Un autre point me tient à coeur (car m'énerve
particulièrement)... en Chine tout est surveillé,
des journaux à la télé bien sûr,
et donc l'internet. Et ca c'est pas drôle. Il y a quelques
temps ils avaient même bannis Google :-(
Bon c'est revenu. Mais très très fréquemment
en surfant on tombe sur des sites qui ne veulent pas s'afficher.
J'ai demandé à une ami en France de vérifier
une liste de sites testés négatifs depuis ma
connection à un provider chinois, et dans plus de 80%
des cas ce n'est pas le site qui est HS, mais bien la Chine
qui bloque (ou certains disent aussi que l'extérieur
bloque car la plupart des attaques virales viennent de Chine).
Ca c'est nul.
Enfin pour finir sur une petite note personnelle, et pour
répondre à ceux qui s'inquiète pour mon
moral, la vie ici est un pur bonheur. J'ai enfin pu me remettre
au sport sérieusement, et je me rends vraiment compte
des bienfaits de l'activité physique. Je fais du Wushu
avec un professeur super sympa, champion du monde (entre autre),
qui ne parle que chinois (ca permet de bosser la langue en
plus). 3 cours par semaine, je pense que c'est un bon rythme
pour progresser et puis ca change complètement la vie...
les deux premiers mois je ne faisais que très peu de
sport (occasionnellement) et me sentais un peu mou. Maintenant
la pêche est vraiment revenu et j'en veux un peu à
Accenture (et à moi-même surtout) de ne pas avoir
pu tenir un rythme sportif un peu soutenu à Paris.
Mais bon... on peut pas tout faire.
Voilà pour cette fois et excusez-moi si cette newsletter
est un peu décousue,
_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Saturday, November 16, 2002 2:31 PM
Subject: [Long mail de Chine] Bon appétit
[Quand ça lui prend, Guillaume Morel envoie un long
mail de Chine...]
Mes Chers,
Faute de voyages et d'autres récits aventuresques
à vous narrer, je me suis dit qu'un petit aperçu
du "manger" chinois pourrait être exotique
en ces temps pluvieux (en France, ici il fait bleu et froid).
Bon, je vous l'ai sûrement dit déjà plein
de fois en France, mais la nourriture des resto chinois en
France n'a rien à voir avec la cuisine chinoise de
la République Populaire de Chine.
Car en France c'est un mixe des cuisines chinoises/indochinoises
(principalement vietnamiennes) et surtout car les produits
de base employés ne sont pas toujours les mêmes
qu'au pays.
J'avais beaucoup apprécié la cuisine chinoise
lors de mon premier voyage, il y a quatre ans, mais cette
année, après deux mois de bouffe nouache intensifs,
j'en ai un peu marre.
La raison est double : trop gras et parfois trop épicé
(à la longue ça use le ventre). Donc quand j'en
ai vraiment marre, je me rue sur un resto japonais, et me
gave de sushi.
Mais cela dit, certains plats chinois sont très fins
et très appréciables.
Par exemple, il y a les JiaoZi (prononcer "jiao-ze!"),
qui sont des sortes de beignets vapeurs avec un pâte
blanche très fine. L'intérieur est très
variable, on peut prendre de la viande, des légumes
(de la carotte à l'aubergine en passant par la ciboulette)
ou un mixe. Les JiaoZi ont des frères quasi-jumeaux,
les BaoZi (prononcer "bao-ze!"), qui sont fait d'une
pâte beaucoup plus épaisse et moelleuse. Plus
gros, ils sont plus souvent garnis de viande. On en trouve
plein au rayon frais des frères Tang dans le 13e.
Pékin a ses spécialités... la plus
fameuse est le Beijing Kaoya (prononcer "be-i-djing-kao-ya"
avec un "ya" haut perché, très ouvert),
ou canard laqué. C'est vraiment délicieux...
des lamelles d'un excellent canard vous sont servis avec des
petites crèpes et de la sauce soja très raffinée.
Avec un ou deux légumes verts vapeur comme du brocoli,
c'est super bon. Et contrairement à la dernière
fois où je suis allé à Shanghai, ici
à Pékin ils ne servent pas la langue des canard
(que je n'ai gouté qu'une fois, c'est plein de cartilage,
c'est dégueu). Ni les pates (très à la
mode dans les trains chinois) !
Et puis ma dernière découverte est un fruit
dont je ne peux plus me passer... le YouZi (prononcer "yo-ou-ze!")
ou pamplemousse. Mais il ne ressemble pas à notre pamplemousse.
Il existe en grand modèle (genre une petite pastèque),
ou comme chez nous. Il est jaune comme en France. Mais l'intérieur
est en fait relativement sec ce qui permet de manger les quartiers
très proprement sans s'en mettre partout :-) En fait,
la peau qui sépare les quartiers est plus grosse que
chez nous et permet de détacher chacun des morceaux,
indépendamment, proprement... on obtient un chair de
zestes de pamplemousse, moins amer que chez nous, et presque
croquant sous la langue. Mmmmh.
Il faut dire que le gros manque de la cuisine chinoise c'est
les desserts. Ils en n'ont pas, c'est fruits ou rien :'(
Pour finir (déjà... mais vous savez je suis
pas un pro de la cuisine), j'aimerai vous faire partager les
marchés et les supermarchés chinois, mais c'est
difficile avec des mots. Les marchés sont vraiment
à voir, avec des animaux vivants (pas pour longtemps),
et des étalages de nourriture partout (parfois de la
bidoche en plein air, vu les conditions de stockage et de
transport ca donne pas toujours envie d'en manger). Et à
Pékin, qui est quand même totalement opposé
au reste de la Chine (très rurale), il y a des gros
supermarchés. Carrefour est très présent
et remporte un succès inimaginable. La première
fois que j'y suis allé, c'était pour une fête
d'automne (le festival d'automne je crois, je sais pas le
nom exact), et Carrefour était deux fois plus dense
que les trottoirs de la rue de Rivoli un samedi après-midi.
Imaginer tout le monde collés les uns autres, pire
que dans une manif, un peu comme lors d'un concert sous la
tour eiffel lorsqu'on est au 3e rang. Plus d'une demi-heure
de queue aux caisses... enfin bon. Bien sûr à
Carrefour on trouve quelques produits français. Dans
les autres supermarchés chinois de grande taille on
trouve peu de produits occidentaux... des snickers et du chocolat
"Dove" pour quand on craque (super reuch).
Ah j'allais oublié la boisson... bon bien sûr,
Coca-Cola partout, même au fin fond de la Chine, dans
les contrées les plus reculées, là où
aucune voiture ne passe, on trouve une bouteille de coca (voir
parfois de Sprite, distribué par Coca)... c'est incroyable,
c'est des sacrés business-men chez Coca. Mais parlons
sérieusement. La Chine fait du vin. Oui. Enfin on peut
dire qu'ils essaient. Les deux grandes marques sont "Great
Wall" et "Dragon Seal". Aussi bien le rouge
que le blanc sont abjects. Il parait qu'il y aura une ou deux
années buvables, je ne les ai pas trouvé. L'intérêt
d'un vin est ce petit goût qu'il laisse dans la bouche
après l'avoir bu et c'est exactement ce que les vins
chinois n'arrivent pas à avoir. Au goût, ca peut
passer (c'est genre du cubi) mais ca laisse un sale gout dans
la bouche, fade, c'est horrible. Au final le cubi de Casino
est meilleur =)
Bon sur ce, je vous laisse... bon appêtit !
et ne me parlez pas de steack tartare, de truffade, d'aligot,
de tartiflette, de côte de boeuf sauce barbecue, de
camembert, de saint nectaire, de brie, de bordeaux, de croissant,
de pain au chocolat ou de crèpes banane-nutella si
vous ne voulez pas me faire du mal :-P
[Le dernier était au sujet d'un voyage à WudangShan,
si vous ne l'avez pas eu, réclamez-le!]
[Si vous en avez marre, n'hésitez pas à le dire,
moi aussi les newsletters ca me gonfle des fois]
_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University
----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Sunday, October 06, 2002 3:23 PM
Subject: [ATTN : long mail] GuoQingJie : de WuDangShan à
Xi'An
GuoQingJie : de WuDangShan à Xi'An
En Chine, la fête nationale (Guo Qing Jie) est le 1er
octobre. La semaine entourant cette fête est fériée
et les chinois en profitent pour faire du tourisme.
L'université étant aussi fermée durant
cette période, nous avons décidé de suivre
le mouvement pour faire un petit voyage dans l'Empire du Milieu.
Différents groupes (au sein du programme européen
que je suis) se sont formés, certains voulant aller
en Mongolie Intérieure, d'autres à Shanghai,
etc.
Etant assez intéressé par les arts martiaux
(certains l'auront remarqué je pense =) ), je souhaitais
pour ma part partir pour la montagne sacrée de Wudang,
un lieu taoiste connu pour être le concurrent du célèbre
temple bouddhiste de Shaolin. Un ami français, David,
intéressé par l'aventure se joint à moi;
l'union fait la force.
L'aventure commence donc par un petit trajet en train, entre
Pékin et Wuhan (province du Hubei)... vous avez sûrement
entendu parlé de Wuhan, il y a deux mois la ville risquait
d'être innondée par le Yang Zi et les autorités
envisageaient de déplacer des millions de personnes.
Je vous rassure, Wuhan va bien et n'est pas innondée
aujourd'hui. Le trajet dura 16h, assis sur des sièges
dits "soft" dans un train dit "rapide".
Débarqué à Wuhan en fin de matinée
dimanche 29/09, un bus pour Wudangshan nous est annoncé
à 4h de l'après-midi. Quelques heures à
déambuler dans le marché aux animaux de Wuhan...
serpents, tortues bizarres, jeunes chiots & chatons, poules,
j'en passe... et hop nous voila dans un bus couchettes. Durée
du trajet 12h... oui si vous calculez bien, on est arrivé
à 4h du mat' en pleine ville (bourg) de Wudangshan.
Hotels fermés, on est arracés par deux mini-vans
qui veulent nous monter à la montagne Wudang et/ou
nous aider à trouver un hotel. David et moi pensant
être assez grands pour choisir un hotel, nous décidons
de repousser les avances de ces deux chinois. Le premier insista
pendant environ 45min, et le deuxième plus d'une heure
et demi (pendant lesquels nous avons tout de même pu
prendre un petit déjeuner, discuter et chercher sur
notre Lonely Planet). C'est avec gloire que nous arrivames
à terrasser ces deux chinois dont la patience est pourtant
légendaire.
8h du mat', les hotels ouvrent et nous trouvons un hotel
sans mal, en négociant le prix de la chambre. Après
une très courte pause et une petite marche dans le
bourg (un sympathique marché aux légumes et
aux fruits... entre autres), nous nous lançons dans
l'ascension du Wudangshan. Un mini-van nous amène après
la porte de cette espèce de "parc national"...
Wudangshan c'est un ensemble de nombreuses montagnes, s'étendant
sur quelques centaines de kilomètres, dans un relief
assez chahuté. Après une petite marche de 4
à 5h (avec une pause resto et une pause taoiste incroyable
ou un jeune moine tentait de nous raqueter 10 yuan pour prier
en pensant à nous, avec un sourire en coin qui montrait
qu'il était aussi peu convaincu que nous par l'efficacité
de ses prières), le temple situé le plus en
hauteur (1600m) nous ouvrit ses portes : paysages incroyables
de montagnes et de temples perdus dans une légère
brume... magnifique.
Un peu frustré par l'absence manifeste d'arts martiaux
sur notre trajet, nous décidons d'investiguer plus
longuement la chose martiale le lendemain matin. A l'assaut
des écoles d'arts martiaux, il fallut expliquer dans
un chinois un peu précaire que je souhaitais prendre
des photos pour un magazine français d'arts martiaux.
Mais cela marcha relativement bien et deux écoles nous
accueillirent très gentiment. Certains élèves
se prettèrent au jeu des photos, c'était amusant
pour ma part de retrouver l'ambiance Shaolin.
Sur cette revanche très satisfaisante, nous décidions
de continuer le voyage en direction de la célèbre
ville de Xi'An. Après une attente de 4h pour un bus
qui ne vint jamais, une étape intermédiaire
s'imposa : un bus nous amena en 1h à ShiYan, une petite
ville (600 000 habitants, c'est petit pour la Chine) perdue
à la limite du Hubei et du Shaanxi. 7h du soir, un
peu fâché contre la gare routière de WuDangShan
qui nous avait soutenu qu'il y avait des bus pour Xi'An, nous
essayons de trouver un train ou un bus pour notre destination
cible. Mais il était trop tard. Nous prenons donc un
hotel, un dormitory très bon marché (30/40FRF
la nuit) et propre. Mais la journée n'était
pas finie ! Après manger, nous allions acheter nos
billets de train pour le lendemain. Au guichet, un jeune homme
me regarde... rien de bien nouveau vu l'absence notoire de
blancs dans la ville, on est plutôt des bêtes
rares et les curieux sont nombreux (et souvent sans gêne).
Dans l'euphorie d'avoir pu enfin trouver des billets pour
Xi'An, je lui lance un poli "Nihao". L'étudiant
me répond dans un anglais correct et la conversation
s'engage. Peng, c'est son prénom, a 19 ans et est impressionnant
de gentillesse, d'initiatives et de dynamisme. De manière
générale, le peuple chinois est fondamentalement
gentil et c'est très très agréable. Peng
attend une amie à la gare et on sympathise, on attend
avec lui. On passera la soirée avec lui et le lendemain
matin il nous amène prendre un excellent petit déjeuner
(fait de pates fraiches à la sauce de soja) et faire
du shopping. David achète une guitare à un prix
dérisoire, Peng m'offre un VCD de Sanda... l'après-midi,
Peng et son amie nous amènent à la gare, nous
installent dans le train et nous achètent des bouteilles
d'eau pour la route. Dans le train, David et moi sommes vraiment
très touchés par cette gentillesse complètement
gratuite et sympathique. Je pense qu'on ne les oubliera pas
de si tôt.
Bon, trève de sentimentalisme, on est en hard-seat
(sièges durs, wagons particulièrement prisés
par les paysans du fait de leur faibles coûts) et le
voyage dure 9h... Au début on est entouré d'une
famille qui nous propose des marrons et une sorte de pamplemousse
excellents. Puis les voisins changent... dans ces heures de
trains, on voit défiler des personnages hallucinants,
des jeunes, des militaires, des paysans, des businessmen...
ils mangent des graines (et balancent les écorces par
terre quand ce n'est pas sur la tête de leur voisin
qui essait péniblement de s'endormir en prenant appui
sur la table centrale), des soupes, toutes sortes de choses
parfois peu descriptibles, ils crachent très bruyamment,
ils fument comme des pompiers, ils braillent au lieu de parler
(surtout au téléphone), ... parfois, la fatigue
aidant, on a envie d'en défenestrer un ou deux =)
Xi'An, le train entre en gare. Il est 23h, on va au premier
hotel du Lonely Planet, il est plein, on doit faire bouger
une personne d'un dormitory pour être ensemble dans
un dortoir en sous-sol, partagé avec un israëlien
très sympa mais malade. Le lendemain, on tentera de
négocier une meilleure chambre dans l'hotel, en vain.
L'hotel d'en face nous fera un bien meilleur prix !
Xi'An est une ville entourée d'un rempart très
seillant :-) Le centre est relativement petit, très
animé et commerçant. Quelques monuments historiques
(un drum tower et une bell tower comme dans tous les temples)
donne un cachet à la ville. On est jeudi et on décide
de visiter le musée de Xi'An, internationalement reconnu.
De nombreuses pièces très intéressantes,
des bronzes, des statuettes... je remarque en particulier
des armes remontant au néolithique, un mécanisme
d'arbalète datant de 242 ap JC, etc. Le soir, on va
en boite, le "1+1", pour voir comment sont les nightclubs
en dehors de Pékin. Entrée gratuite, gogo-dancers
(homme et femmes), l'ambiance est sympathique (on ne sent
pas d'agressivité comme parfois en France).
Le lendemain, il faut réserver les billets de train
pour rentrer. Une heure et demi d'attente à la gare,
20 guichets ouverts, plus de mille personnes dans le hall,
certains tentant manifestement de doubler et de ne pas faire
la queue. Un peu excédés par la situation, nous
en attrapons quelques-uns pour les renvoyer au bout de la
file d'attente, sous les encouragements des autres chinois,
totalement passifs (ils se laissent doublés sans mot
dire, incroyable...). Après, un bus nous amène
à l'attraction première de Xi'An, une armée
de terre cuite de plusieurs milliers de soldats qui avait
été enterrée comme tombeau de l'empereur
Qin, il y a 2000 ans. Impressionnant, mais plein de touristes.
Nous partons le soir même pour Pékin, profitant
d'un voyage de nuit. Ce que j'ai oublié de dire c'est
que pour avoir ce train, la guichetière avait tenté
les soft-sleep, hard-sleep, soft-seat et hard-seat en vain
et qu'elle nous avait proposé de voyager debout, ce
que, plein de courage, nous avions accepté.
Nous voila donc entre 2 wagons, par terre comme des clochards,
pour un voyage que l'on croit d'une petite dizaine d'heures.
Finalement nous arriverons à squatter des soft-seats,
plaisir d'autant plus renforcé que le trajet trainait
en longueur... pensant arriver à 7h30 du matin, nous
arrivames à 11h30, après 14h de voyage. Après
7j de voyage, plus de 50h de transports, Pékin nous
accueille sous un ciel parfaitement bleu. Ca fait bizarre,
on se sent "à la maison" dans cette ville
chinoise. On va maintenant voir comment l'hiver s'y déroule,
il parait que c'est très frois, très sec, et
très beau... les températures ont déjà
baissé et le pull devient obligatoire.
Guillaume
_______________________________________________________________________________________________________________
Ceci n'est pas une newsletter à laquelle vous avez
souscrit, et il n'y a pas de procédure de désinscription
:-P
|