Agent  |  Auteur  |  Consultant  |  Manager  |  Reporter  |  Webmaster      
   
 

 

   Blog Chine   

 Clés : blog, news, newsletter, informations, log, carnet de voyage, diary, journal


Ce Blog est en fait le log des newsletters envoyés à mes amis pendant mon séjour en Chine de l'année 2002-2003.

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Monday, July 21, 2003 8:59 PM
Subject: [Chine] de la gentillesse du Dong Bei


Bonjour à tous,

Deux lettres successives pour parler des expériences avec les chinois... c'est une coincidence et aussi car j'ai eu de bons retours sur l'histoire précédente.

Ce week-end, David (un ami français du programme) et moi sommes allés à Shenyang, une ville du Nord-Est (Dong-Bei) de la Chine.
Des amis à moi, 3 jeunes membres de l'équipe de Wushu que j'ai amené à Bercy au mois de mars, m'avaient proposé de venir.

10h de train couchette, ce n'est pas très loin de Pékin et nous voilà débarquer samedi matin dans la gare de Shenyang.
Deux des 3 wushumen accourrent pour nous accueillir et c'est parti pour 2 jours incroyables, où malgré nos efforts nous n'avons pas pu payer quoique ce soit,
et pendant lesquels nous n'avons cesser de bouger, de manger, de boire... =)

Dans le Dong-Bei, lorsque l'on a des invités, il est impensable de les laisser seuls une demi-journée, ou de leur laisser payer un repas ou un taxi. Les 3 wushumen s'entraînent tous les jours dans un gros centre sportif en périphérie de la ville.
L'école est un peu grise, mais les sportifs nombreux et très balaises. Eux 3 sont champions de Chine et je pense bientôt champions du monde.

Donc samedi matin commence par la dépose des sacs à l'hotel... ils ont réservé la plus grande chambre de l'hotel qui porte le numéro 888 (richesse),
avec une chambre séparée, un salon et une grande salle de bains avec jacuzi et sauna. Quasiment aucun de ces services ne marchent, les chiottes sont à la turc,
mais le geste est là. L'hotel est en face de l'école et ils ont pris ce qu'il y avait de mieux.
Là déjà avec David on se sent mal car ils nous disent que tout est arrangé et qu'on ne paiera pas. Connaissant leurs relativement maigres salaires, on est gêné.
Puis petit déjuner furtif et on va assister au cours de Wushu que donne le plus agé des 3, de 9h à 11h.

Inutile de dire que les élèves sont costauds, très souples, très acrobates... il faut le voir pour le croire. Moi j'ai un peu l'habitude depuis le temps que j'en voir, mais David est impressionné.
Puis le repas de midi arrive, en présence de la chef de l'école. Elle a 26 ans, et c'est une business-women très sûre d'elle.
David entonne une chanson chinoise au Karaoke avec l'un des 3... moi je chante déjà mal en français, alors je refuse tout essai =)
La bière coule déjà à flot. Dans les bons plats à retenir, une soupe aux huîtres.
Puis on nous annonce qu'on a de la chance, c'est le jour de la sortie annuelle, le département Wushu va à la piscine.
Repos d'une petite heure, sieste+paracétamol et c'est parti pour la grande piscine de Shenyang, avec toboggans, plongeoir et tout et tout.

Là, on se rend compte que physiquement les 3 boys n'ont pas grand chose à envier à Hulk... mais nos grands guerriers ne savent pas nager =)
Il faut savoir que c'est très courant, les chinois ne savent en majorité pas nager.
J'avais découvert ça avec un ami à Pékin, qui m'avait invité à la piscine, et avec qui j'avais commencé la faire la course.. en 2 brasses, il était largement dépassé, et ce n'est qu'après que je comprenais qu'il venait tout juste d'apprendre, tout seul, à nager, 2 semaines auparavant.
Donc nos 3 champions ne savent pas nager, et on insiste auprès du plus rebelle des 3 pour qu'ils viennent avec nous dans le bassin de nage.
Le bassin fait genre 1m70-1m80 de profond... sur la pointe des pieds on peut faire dépasser la tête, mais lui est un poil plus petit que moi... donc il coule, et il faut le maintenir.
Le plus jeune essaiera de nager dans un petit bassin, on essaye de lui expliquer à 2 (avec David), mais il flotte comme un fer à repasser. Pourtant les chinois pèsent pas lourds, mais bon.
Il faut dire aussi que ce dernier est blessé de la démonstration de Bercy... ligaments du coude cassé, opéré il y a un mois avec une cicatrice digne des pirates (ils ont un petit "hopital" dans l'école), il recommence doucement la muscu et les activités avec les bras. De toutes façons il dira jamais qu'il a mal.

Voilà donc pour la piscine, et on part pour une petite visite de la ville. Shenyang a un joli palais impérial... très connu mais en réparation, donc on a rien vu.
C'est pas grave, on a marché, discuté, ... c'était cool. Puis le soir, il y a un festival coréen (le Dong-Bei est proche de la Corée).
On va dans le Korea Town, et on mange de la bouffe délicieuse : un Korean barbecue avec de la viande de boeuf en gros morceaux (ils découpent toujours tout en Chine d'habitude), ça ressemble à nos steacks c'est excellent. Vin et re-bière. David et moi sommes motivés pour le rythm of the night, mais les chinois s'excusent 15 fois très tristement : l'école ferme à 22h et ils ne peuvent pas faire autrement que de rentrer avant cette heure. Qu'à cela ne tienne, il est tôt (oui on a commencé les steacks à 17h30, et alors... ils mangent tôt en Chine) et on a encore le temps d'aller dans le parc de la ville, où un tombeau et divers vestiges trônent fièrement. Le parc est très agréable, la nuit tombe, c'est une super balade et on continue à échanger gaiement avec nos chinois (on aura parler chinois pendant ce week-end!).

22h, après nous avoir donner des bonnes adresses, David et moi allons en boîte (chic, pas terrible), et dans un massage coréen.
On reste plus de 3h au massage, avec 30 minutes de négociations à cause d'un malentendu sur le prix des massages (on gagnera finalement).
Le lendemain réveil à 8h30 pour une excursion dont ils nous ont parlé depuis la veille au matin. Il s'agit d'un parc d'attractions en banlieue lointaine, très connu parait-il.
Le chef des 3 négocie un taxi pour y aller (il aura raison d'avoir fait ça), et le taxi part, se perd, prend une route totalement bloquée par les bouchons, fait demi-tour après une demi-heure, prend une autoroute, se trompe de sortie... 11h30 on arrive au parc. Bon, le parc est très chinois... au début on se demande pourquoi on est venu. Mais finalement on comprend... on peut voir une dizaine des 20 derniers tigres du DongBei encore vivants (bon autant vous dire que dans 10 ans c'est fini ce genre de bestioles). Impressionnant. Ya des ours aussi, qui tournent sur eux-même en échange de nourriture. Amusant.
Et le clou du spectacle c'est un terrain de 100m de long, on croit que ca monte et en fait ca descend, ou l'inverse, un truc comme ça. Il a bien fallu une demi-heure pour qu'on comprenne la chose et ressente en effet une sensation de descente alors que nos yeux voient une montée est vice-versa. D'ailleurs si certains d'entre vous connaissent des sites web qui parlent de ce phénomène, dites-moi... je me souviens avoir vu ça en cours de Physique, mais c'est loin tout ça.

Bon en tout cas on est content d'être avec eux et ils sont toujours adorables, aux petits soins, quelque chose d'inimaginable.
On rentre... resto typique de campagne du DongBei, pour la première fois je mange un plat qui sent l'Auvergne : une salade tiède de pomme de terre et aubergines... purement délicieux.
On a aussi des crysallides de papillons de nuit. Jamais essayé, c'est pas mauvais du tout, et puis ça nous permet de réviser le vocabulaire spécialisé "protéines, lipides" avec nos sportifs (note pour les sportifs : c'est plein de protéines c'est trucs, 2 équivalent à un blanc d'oeuf).

Inutile de dire que l'on est cassé, entre l'alcool, les heures de voiture et de marche, on rentre à l'hotel et s'effondrent sur le lit.
Pas pour longtemps, les 3 wushumen qui s'étaient absenté pour donner un petit cours reviennent en pleine forme près à repartir.
Comprenant notre détresse, ils nous amènent dans un salon de thé calme, avec cybercafé. Je leur montre la vidéo de leur démo en ligne (les 3 gars en question, en action : http://stevecolas.nerim.net/videos.htm 2eme vidéo).

Puis on repart au resto... oui on a fait que ça en fait pendant ce week-end et là, spécialité de Shenyang, le pain fourré à la viande... encore super bon.
Il est l'heure de repartir, nos 3 chinois préférés nous accompagnent bien sûr à la porte du train, et là on a un peu le coeur gros de se dire qu'on sait pas quand on les reverra.
En tout cas, on les reverra =)

a+

Guillaume

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Sunday, July 13, 2003 7:10 PM
Subject: [mail de Chine] de Shanghai à Pékin


Salut à tous,

Après une semaine de folie à Shanghai, je suis de retour à Pékin, toujours à "BeiWai", l'Université de Langues Etrangères.
Shanghai est une ville impressionnante et très différente de Pékin.
Architecturellement, Pékin a de très très larges avenues, de gigantesques buildings au look très communiste (mastoque, imposant, vieillot), alors que Shanghai connaît plutôt un début de New York-isation au milieu d'un dédale de petites rues des anciens quartiers européens. Les gratte-ciels fleurissent de partout, très modernes/futuristes, assez inspirés de Hong-Kong par leurs éclairages : la nuit la ville est à voir, le dessous des autoroutes suspendues éclairé en violet, certains gratte-ciel deviennent des écrans publicitaires géants, c'est très loin de la décoration pékinoise.
Les gens sont aussi très différents. Déjà il faut savoir que les pékinois détestent les shanghaiens et vice-versa.
Pékin a toujours été la ville du gouvernement et Shanghai la ville du business, et cela éveille des jalousies mutuelles.
J'ai trouvé que les pékinois étaient finalement bien plus aimables, gentils et curieux que les Shanghaiens.
Les Shanghaiens sont assez portés sur l'argent, ils en ont plus que les pékinois et savent s'en servir.
Ils sont beaucoup plus "marketing" en fait... il savent s'habiller et ça fait un vraie différence.

Au final, je n'ai pas de préférence, et ai rencontré des Shanghaïens bien sympas, comme un certain Alex, vendeur dans le plus grand marché de vêtements local (un marché fait de centaines de petites échoppes où on passe des heures à négocier les prix). En fait, un soir avec 2 amis espagnols nous cherchions une boîte (que nous ne trouvâmes jamais)... suivant un groupe de chinois qui semblaient habillés pour aller en boîte, on en arrive à se trouver dans le couloir d'un restaurant, il était plus d'1h du matin, et j'accoste l'un des mecs de la bande pour lui demander si il y avait un disco dans le bâtiment.
Avec surprise le gars me répond en anglais et il a l'air de bien connaître le quartier. Je lui demande de me lister les meilleures boîtes du coin. Ces nightclubs n'apparaissent pas sur le That's Shanghai, magazine de référence pour les blancs à Shanghai qui recense tous les endroits pour sortir. Il s'agit en fait de discos (très) pop chinois. Alex était parti manger avec sa bande (ils sortent tôt de disco!) et il nous invite à sa table. On boit un verre avec eux et échange nos coordonnées. Les jours qui suivent, Alex m'appelle et on se retrouve dans l'une de ces fameuse boîte chinoise. Mes potes espagnols étant sur d'autres plans ne se joignent pas à la fête et je débarque seul dans cette boîte dans laquelle je suis déjà allé (2 jours auparavant, grâce à l'adresse que m'avait laissé Alex, j'y avais amené une dizaine de personnes du programme pour les épater avec cet endroit extra-ordinaire). La boîte est un peu glauque, séparé entre une piste de rollers en parquet et une piste de danse. La population est uniquement chinoise, et on sent une ambiance de lutte de males en quête de flirts.
Les blancs sont pas forcèment bien vus, car ils sont de sérieux concurrents.

Ce soir, j'ai de la chance, je suis accueilli par Alex qui apparait comme être en fait un petit chef de bande. Il règle les histoires de bagarre en quelques secondes, passe son temps à donner des ordres à sa "bande" et ils obéissent tous. Cela m'amuse énormèment. Avec moi, il est adorable, m'offre à boire, m'explique tout ce qui se passe et que je ne comprends pas, danse, me présente des amis... 1h la boîte ferme, on décide d'aller manger un peu. Faut dire qu'à Shanghai comme à Pékin, les chinois mange à 5h ou 6h, donc à 1h du mat' ils ont faim.
Moi je sortais d'un pub irlandais où j'avais mangé un hamburger vers les 9h30... le hot-pot à 1h du mat' me faisait moyen envie.
Mais fasciné par cette bande et séduit par leur gentillesse à mon égard, bien entendu je les suis.
Je passe l'épisode où l'un des petits jeunes du haut de ses 19 ans et 50 kilos souhaite se venger d'un mec qui lui a mis une dérouillée quelques jours auparavant (il a des marques d'ongles autour du cou et sur le haut du buste)... il sort un couteau que lui confisque aussitôt le chef Alex. Quelques minutes de discussion et la chose est réglée. Alex a 23 ans. Il m'expliquera après qu'il a essuyé déjà pas mal de bagarres, mais que là son copain était trop jeune et trop léger et qu'il allait se faire démonter... A table, on amène de la bierre. La tradition en Chine c'est de boire beaucoup et quand on fait chin-chin (environ toutes les 4-5 minutes), ça veut dire cul-sec. Là, Alex est encore adorable, il m'explique tout et après quelques verres me demande combien de bouteilles je peux boire. Je lui réponds que sa question est sans intérêt et que je fais pas la compét'.
A partir de ce moment, il fera super attention, m'autorisera des chin-chin sans cul-sec et quand trop de chin-chin arrivent en même temps, ils dira non pour moi à ses amis. Pareil il m'expliquera en détail comment manger le hot pot (c'était pas mon premier mais bon...), jusqu'à me préparer des bouts de viande et me les tremper dans la sauce qui va bien =)
Alex parle un peu anglais mais il a appris tout seul sur son marché. Il n'a donc pas le niveau des étudiants, et il ne sait pas l'écrire... il marche à la mémoire auditive. Il est très actif, dynamique, toujours speed et il comprend très vite ce qui se passe. Je trouve dommage qu'il ne soit qu'un petit vendeur, il a visiblement du potentiel, du potentiel de chef et aussi la rage de celui qui veut s'en sortir. Il me dit se faire 300RMB par jour grâce à son magasin, et il bosse 7j/7 ce qui lui fait un salaire de 9000RMB par mois, c'est vraiment pas mal (un serveur dans un bar gagne 1000RMB par mois!).
La soirée se finit, ses potes s'en vont et avant de partir viennent me dire que si j'ai un problème sur Shanghai, de les appelé et qu'ils peuvent se battre. Cette petite bande de voyous est attendrissante.
Alex me raccompagne aux taxis... là encore il est le chef. Il me demande "pour aller à ton hôtel, tu payes combien d'habitude ?". "35-40 je lui réponds". Il va vers un taxi, discute et reviens : "tu prends celui-là, et tu payes 30, tu entends, tu payes 30 et pas plus." Le taxi ne mettera pas le compteur (première fois que ça m'arrive) et arrivé à l'hotel il me demandera 30.
Il y a des rencontres qui marquent...

Voilà, sinon je suis de retour à Pékin, et ici la frayeur du SRAS a complètement disparu. La vie est complètement redevenu normale... à part de temps en temps un petit check de température (ils ont des appareils qui donne la température au contact de la peau en moins d'1s), quand on va au musée par exemple. Je viens de passer un entretien avec une boîte de conseil en stratégie (aide aux entreprises européennes souhaitant s'installer ou travailler avec la Chine) pour le stage que je cherche, et ils semblent assez intéressés, j'attends voir.

Dernier point, je suis en train de refaire mon site internet. La version "béta" est sur http://www2.guillaumemorel.com et je serais très content si vous pouviez aller faire un tour sur le site et me signaler les erreurs, les coquilles, les problèmes techniques... et bien sûr me faire vos critiques.

A bientôt,

Guillaume

[ Historique des "Longs mails" précédents :
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand écran
- de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant
- Bercy + SARS
- de Shanghai à Pékin ]

Guillaume

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, April 23, 2003 6:15 AM
Subject: [ATTN: from China] Rapatriement

Bonjour à tous,

Un mail court pour vous dire que je reviens en France, pour une durée indéterminée d'au moins 3 semaines, en raison des conditions sanitaires pékinoises.
En quelques mots, de nombreuses universités sont touchées par le virus SARS, en particulier des universités toutes proches de la mienne.
Des premiers cas de SARS on été suspectés dans notre université, des mesures très contraignantes sont en train de se mettre en place.
En gros les deux solutions envisagées par notre programme pour les semaines qui viennent sont soit rester dans sa chambre à l'université et éviter au maximum de sortir (dans une ambiance où tout le monde ne parle que de ça, la plupart des gens portent des masques, etc.), soit rentrer à la maison. Le choix est donc vite fait.

J'arrive dimanche 27 Avril à 14:40 sur le vol de China Eastern Airlines MU559, en espérant que d'ici là ils n'aient pas bloqué notre bâtiment ou l'aéroport.
Je ne sais pas encore combien de temps je passerai à Paris, et si je descends à Clermont-Ferrand.
Dans tous les cas j'espère pouvoir voir tous ceux que j'ai loupé lors de mon dernier passage !

A bientôt,

Guillaume


[ Historique des "Longs mails" précédents :
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand écran
- de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant
- Bercy + SARS ]

_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme (www.eumanagers.org)
Beijing Foreign Studies University

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, April 09, 2003 5:22 PM
Subject: [ATTN: Long mail de Chine] Bercy + SARS

Bonjour à tous,

Me voila de retour d'un passage éclair à Paris où j'amenai une délégation chinoise composée de Champions de Chine de Wushu (arts martiaux chinois) pour une démonstration au Festival des Arts Martiaux, au Palais Omnisports de Paris-Bercy.
Le voyage fut un franc succès, même si je n'ai pu malheureusement voir/appeler/passer du temps avec famille/amis/et plus si affinités =)
Les 10 chinois ont été très sollicités et j'ai du jouer l'interprète/agent/facilitateur/régleur de problèmes pendant les 8 jours de mon séjour, du matin 7h30 jusqu'au soir minuit ou plus.
Le plus intéressant fut les réunions de négociations des divers contrats entre la société de production et l'équipe, très instructives sur la façon de faire des chinois et un sacré défi de pratique de la langue. J'ai du passer des heures à faire des aller-retour avec la production, le manager de l'équipe et les athlètes qui se rebellaient devant l'autorité de ce manager. Passionnant, mais crevant.
Ensuite, séances photos, répétitions, reportage pour France 3 (sous la tour Eiffel sans autorisation... j'ai rarement vu un travail aussi bâclé), stage avec 120 personnes, visite éclair des grands monuments, et enfin le grand soir. La démonstration était techniquement de très haut niveau et sûrement la plus appréciée des 15000 spectateurs de Bercy.

Pendant la démo, l'un des jeunes athlètes s'est blessé au coude, j'ai donc passé la nuit aux urgences avec lui et croyez-moi, c'était vraiment super. Super car d'abord il avait juste un hématome et super car on a pu discuter des heures, marcher dans Paris la nuit (les taxis se planquaient), finir dans une brasserie à 4h du matin où je lui ai fait découvrir la bière blanche de Belgique et le whisky Ecossais =)
Il faut dire qu'à part le manager et le coach, les chinois n'étaient jamais allé en Europe et que découvrir Paris (en plus sous un temps magnifique) les a quand même bien touché.
Etant le seul (ou presque) à pouvoir leur parler (ils ne parlent pas un mot d'anglais ou français bien sûr), ils étaient tous très sympathiques et agréables avec moi.
D'ailleurs les chinois sont gentils avec tout le monde, mais disons que j'avais une relation vraiment privilégiée et c'est cela que je retiendrai et garderai de ce voyage.
De retour à Pékin on s'est fait une bonne bouffe chinoise à coup de "ganbei" (cul-sec), de tradition très chinoise... l'alcool est trop cher en France pour pouvoir faire ça disent-ils =)

* * *

Maintenant, petit retour à l'actualité. Le SARS ou pneumopathie atypique machin...
Les questions commencent à arriver sur mon mail et je vais vous faire un état des lieux, vu de Pékin.
C'est la PSYCHOSE ahahahahahah!!!
=)
Sérieusement, ici les européens sont très conscients que le gouvernement, à son habitude, étouffe et camoufle tout ce qu'il est possible de cacher sur l'épidémie.
Ca faisait 3 mois qu'ils cachaient le virus (apparu en Novembre et médiatisé seulement en Février).
Une chose amusante, voici les règles que tous les chinois répètent et qui visiblement les rassurent (des fois je comprends pas pourquoi ils sont si naifs, ca fait des années que le gouvernement leur ment au nez et à la barbe et ils gobbent toujours);

4 règles chinoises pour ne pas avoir le SARS :
- faire du sport
- aérer les pièces
- ne pas aller dans les lieux où il y a beaucoup de monde
- prendre des médicaments chinois (je vous épargne le nom, de toutes façons j'ai oublié... de la poudre à mettre dans de l'eau chaude)

Ben croyez-le ou pas, je fais tout ça =)
Mais bon faut pas rêver, c juste du placebo pour que le public perde pas le moral et pour éviter une panique générale.
Et ça marche, ici c pas la panique du tout, il n'y a pas encore de mesures prises contre l'épidémie (interdiction d'endroits, quarantaines...).
Pas mal de blague plus ou moins douteuses (genre "j'ai l'impression que j'ai de la fièvre") côté européen comme côté chinois.
Peu de gens portent des masques... un copain français dont la famille sont tous médecins est beaucoup plus alarmiste : il évite les immeubles à air conditionné, porte un masque quand il peut, et se lave les mains à l'alcool. Je ne suis pas aussi rigoureux (je fais juste l'alcool), car après tout, vu le nombre de personnes contaminées ici, sans être fataliste, si ca arrive c'est que ca doit arriver. On fait quand même tout le possible pour éviter des risques (par exemple tous nos voyages dans le Sud de la Chine sont officiellement annulés par le programme).
Donc tout va bien, pas la peine d'avoir vraiment peur pour le moment.

A bientôt,

Guillaume


[ Historique des "Longs mails" précédents :
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand écran
- de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant
- Bercy + SARS ]

_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme (www.eumanagers.org)
Beijing Foreign Studies University

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Monday, February 10, 2003 3:52 AM
Subject: [ATTN: long mail] de l'Empire du Milieu au Pays du Soleil Levant


Le mois de Février est marqué en Chine par le Chun Jie (Festival du Printemps), c'est à dire la nouvelle année du calendrier chinois - cette année le 3 février marquait le début de l'année de la Chèvre.
Je vous souhaite donc Chun Jie Kuai Le (bonne année) !
Ce sont de grandes vacances pour tous les chinois (les étudiants ont 6 semaines qui marquent le changement entre deux semestres universitaires, les travailleurs entre 1 et 3 semaines).
J'ai profité de mes 3 semaines pour partir au Japon...


Du début du voyage
Commençons par le commencement. Je suis arrivé à Tokyo avec un fort a priori positif sur le Japon, pays que je souhaite visiter depuis environ 15 ans.
J'avais de la chance, un ami japonais m'attendait à la sortie des douanes (pourquoi dans les aéroports on croit toujours que je cache des trucs dans mes godasses ?), et je n'ai eu qu'à le suivre sans effort. Arrivée à Shinjuku, un des quartiers branchés, Hide (mon ami) me portait même un sac à dos, ... il habite à 100 bornes de Tokyo et avait fait 3h de bus pour venir me chercher. Tout ca pour dire, que les japonais, quand ils sont amis, c'est pas à moitié. Après le déjeuner, direction cybercafé pour réserver un hotel pas cher. Hide décida alors de rester avec moi et de ne rentrer que le lendemain après-midi. Ainsi il m'a fait découvrir les fameux "capsules-hotels", solutions bon marché pour dormir au Japon (entre 20 et 30 euros la nuit). Une capsule par personne, sacs et vêtements dans des casiers l'étage au dessus, et encore un étage au dessus, bains, sauna, etc. C'est assez agréable en fait pour une nuit.
En soirée, nous sommes allés à Harajuku, quartier des frippes, des tonnes de fringues d'occasions pour des tenues complètement loufoques, on trouve tous les déguisements possibles, costumes, chapeaux, style hippies, ou armée (camo très à la mode), ou gothique, ou sportif (équipes de baseball, foot, vieux Adidas ou Puma, etc...)... il y avait même des tshirts nazi -- et je ne confonds pas avec la croix Manji utilisée pour symboliser Buddha ! D'ailleurs ici à Osaka d'où j'écris, les surplus militaires sont nombreux et le militaria nazi assez fréquents, ca fait bizarre.

Le lendemain je déménageais pour un autre hôtel sélectionné pour son emplacement et son LAN gratuit. Mon ami me laissait, l'aventure commençait vraiment, car jusque là j'étais plutôt assisté et tout était simple. Mais bon, quand on a été en Chine, c'est facile : ici plus de gens parlent anglais, et puis le japonais utilise plein de mots anglais, les panneaux affichent à la fois les caractères japonais et le romaji (écriture romaine)... et avec le chinois, on reconnaît beaucoup de mots (même si on ne sait pas les prononcer). Donc c'est sans hésitation que je demande aux passants mon chemin, ils sont tous très serviables. Pour anecdote, lorsque je cherchais la Japan Karate Association, j'ai demandé à une femme d'une soixante d'années, qui croyant que je parlais japonais commença à me parler en japonais, voyant que je ne captais pas tout, elle passa en anglais pour me dire qu'elle parlait un peu anglais mais qu'elle parlait beaucoup mieux l'italien. Donc ca a fini elle en italien et moi en anglais, et elle m'a ammené jusque devant la porte de la JKA !

Ensuite j'ai enchaîné les visites : marcher dans les jardins impériaux, près du Budokan (salle de concert géante originellement construite pour les combats d'arts martiaux/Sumo... Budo = arts martiaux pour ceux qui savent pas). J'ai visité le temple où sont enterrés les 47 rônins (47 samurai qui vengèrent leur maître et durent commettre Seppuku pour ce crime), le Kôdôkan (mecque du Judo), ... puis je suis parti à Nagoya voir rapidement un ami japonais de mon université pékinoise, et enfin arrivé à Osaka chez un camarade de classe, français, prof dans une grosse boite qui enseigne les langues à distance par un système de vidéoconférence. Pour ceux qui font de l'IT, ce marché est déjà très gros ici au Japon, ca devrait arriver en Europe dans quelques temps. Depuis Osaka, on a pu visiter plein d'endroits à distance de train (1 à 2h) : Kyoto, le village de Miyamoto Musashi (peut-être le samurai le plus connu du Japon, je vous conseille la lecture de La Pierre & Le Sabre, de Eiji Yoshikawa), Iga Ueno (ville du clan Ninja des Iga), le magnifique chateau de Himeji...


Des premières impressions
Les premières impressions en vrac :
- Incroyable le nombre de gros corbeaux noirs qui croissent partout dans Tokyo (à fortiori dans les parcs)
- Le business des distributeurs de canettes est énorme, il y en a tous les 100m
- Le métro est facile à prendre (et j'ai pas essayé aux heures de pointes quand c'est bondé et qu'ils poussent pour que tout le monde rentre)... et pas de sonnerie qui marque la fermeture des portes, mais une première sonnerie d'avertissement et après c'est manuel : a chaque bout du train il y a un contrôleur qui s'assure que la voie est libre et donne un coup de sifflet pour avertir le chauffeur que c'est ok
- Internet sans censure (par rapport à la Chine), c'est bon
- Dans le capsule hotel, la brosse à dent avait du dentifrice intégré dans les poils... ca fait bizarre mais ca marche
- A Tokyo, j'ai pour la première fois de ma vie senti la terre tremblait...
- C'est vraiment super propre (les rues, les lieux publics, les magasins, les toilettes...)
- Les hotels c'est cher, le transport c'est cher (le metro/train se paye à la distance, des prix variables pour toutes les stations), mais le reste ca va... la nourriture c'est un peu moins cher qu'à Paris par exemple, les livres aussi, mais les magazines plus chers par contre
- Le premier véritable choc culturel est dans la politesse extrême (j'y reviens plus bas)
- Et dans la rue, la grosse différence avec la Chine, c'est que personne ne se regarde... pas comme en France où si on cherche un regard on le trouve naturellement, ici si vous fixez quelqu'un dans les yeux, il ne vous fixera jamais et tournera la tête, c'est presque effroyable, je déteste ça. Pour attirer l'attention d'une personne dans la rue (pour demander son chemin par exemple), il faut aller près (mais pas trop pour pas faire peur), dire "sumimasen" (excusez-moi) bien fort et là alors on a droit à un regard étonné en sa direction. Des fois il m'est arrivé d'avoir des "nons"... comme si je vendais des trucs. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ici l'acostage dans la rue et la distribution de tracts marche très très mal, et c'est d'ailleurs, je trouve, assez paradoxal avec la politesse extrême que l'on accorde au Japonais.


De la dévaluation du merci
Imaginez que quand vous achetez un paquet de chewing-gum le vendeur vous dise 5 fois "merci vraiment beaucoup" en baissant la tête, ou bien quand vous allez acheter un livre, les caissières font ensemble un carillon de "arigatô gozaimashita" (merci beaucoup). A chaque entrée dans un magasin, vous avez droit à d'innombrables bienvenues, le matin dans le métro, le gardien dit bonjour à tout le monde (imaginez, c'est ridicule...). Au début on est sensible, puis rapidement on ne se rend plus compte, on s'habitue. Maintenant j'en suis à me demander la valeur du "merci" d'un Japonais... que dit la caissière qui va utiliser des formules à rallonge avec 15 "beaucoup" et 12 "énormément" (j'exagère un peu) pour vous dire merci quand vous faites vos courses lorsqu'elle veut vraiment dire merci à un ami ? En fait le merci du Japonais est implicite et se mesure avec le temps. Il y a 6 ans environ, j'ai rencontré sur le net un japonais d'Osaka, passionné de Bruce Lee, et prof de Karaté. On échangeait beaucoup, je lui envoyais des livres/magazines de Bruce Lee français, et il me renvoyait des magazines d'arts martiaux japonais, des livres, des tee-shirts. Il y a 5 ans il est venu à Paris et je l'avais guidé une journée. Mais depuis 2 ans on avait un peu perdu le contact. Avant de venir à Osaka je lui ai envoyé un mail. Bien évidemment on s'est vu, il m'a montré plein de magasins super intéressants, il m'a invité suivre un cours de Karaté à son dôjô, il avait préparé des affaires pour moi, et puis après il a amené les membres du club dans un bar avec moi pour faire une "welcome party"... je pense que même si sur bien des plans les japonais peuvent paraître bizarres, ils sont fidèles et forts dans leurs sentiments. Comme en Chine, quand on ne se connait pas, c'est la rivalité (au Japon on ne se regarde pas, en Chine on se considère comme concurrent), mais dès qu'on devient ami, alors là on peut vraiment compter sur l'autre.


De la Chine au Japon
"Quelles sont les différences entre le Japon et la Chine ? tu préfères quoi ?" me demande-t-on sans arrêt... les chinois me le demandent, les japonais me le demandent, les occidentaux me le demandent.
Je me suis bien posé la question (je me la pose encore)... peut-être, pour faire grossier, on peut dire que le Japon est le pays de l'harmonie par les extrêmes alors que la Chine au contraire, le pays de l'harmonie par la mesure (garder la voie du milieu). En tout cas ce qui est sûr, c'est que je ne préfère aucun des deux pays, chacun ayant d'excellents atouts et aussi quelques inconvénients.
En fait, les différences sont très nombreuses (c'est quand même deux régimes très différents depuis un siècle), il serait plus simple de parler de points communs : ce qui me vient à l'esprit immédiatement c'est une gentillesse fondamental des gens (les inconnus qui aident volontiers et les amis qui sont tous de grande confiance), et un sourire omni-présent.

à bientôt de Chine,

Guillaume

[ Historique des "Longs mails" précédents :
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois
- Skier à Pékin + Un Héros sur le grand écran ]

_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, January 08, 2003 10:26 AM
Subject: [ATTN: long mail de Chine] Skier à Pékin + Un Héros sur le grand écran


Tout d'abord, je vous souhaite à tous une Excellente Année ! (xin nian kuai le)

Le fait qu'il soit possible de skier en Chine n'est pas surprenant si l'on pense à la superficie du pays et aux nombreuses hautes montagnes aux hivers rigoureux. Mais cela l'est plus lorsque l'on connait le revenu moyen d'un habitant (GDP env. de 900USD par an par habitant...), l'engouement relativement récent des classes aisées pour les loisirs occidentaux, etc. Et pourtant oui, on peut skier en Chine et même pas loin de Pékin, votre serviteur a testé pour vous.

Alors description rapide du trip ski : une journée, départ en car de Pékin à 8h, moins d'une heure trente de route, location de matériel, on est sur les pistes à 10h et quelques... départ du bus retour à 17h. Jusque là rien de bien anodin, tout était bien organisé -- "smooth" comme on dit. Ce qui est amusant à décrire, c'est la station.
Imaginez deux grands bâtiments posés en bas d'une colline remblayée avec des butes de terres, au milieu de nulle-part... bon avec des montagnes dans le fond pour faire genre, mais faisant face à une immense plaine très peu enneigée, où de-ci de-là apparaissent les toits d'un village ou les cheminées d'une usine à peine blanchis. Oui, je dois vous dire que malgré ce qu'ont pu annoncé les médias européens, certes il a neigé à Pékin, plusieurs jours c'est exceptionnel, mais ce n'était pas non plus une tempête de neige terrible et on n'avait pas 1m de neige (on avait maxi 20-30cm). La station n'a donc rien à voir bien sûr avec une station des Alpes (mais alors rien à voir... les gens poussent pas dans la queue et les débutants ont de la place pour apprendre =) ), ni même avec le 10ème d'une petite station du Puy De Dôme (et je connais).

En effet, la station qui arbore le doux nom de NanShan (montagne du Sud) annonce fièrement 5 pistes -- enfin y en a une qui se divise en deux, c'est pour ca qu'ils comptent 5.
J'arrête là mes critiques car hormis la taille trop petite de la station, tout le reste était excellents :
- le prix de la journée (trajet A/R depuis Pékin, location de ski et forfait) culminait à 180 RMB (moins de 160 FRF),
- le matériel loué était très bon (j'ai eu droit à un bon snowboard, presque neuf, avec des fixations exceptionnelles de facilité d'emploi),
- le soleil a brillé sous un magnifique ciel bleu toute la journée (j'ai limite bronzé),
- les remontées mécaniques étaient "normales",
- la neige était bonne (mais damée, faut pas aimer les bosses), entretenue par des canons à neige derniers modèles,
- les snowboarders ont leur "pipe" et un tremplin prévu spécialement (interdit aux skieurs, na!),
- et enfin les pistes, bien que trop courtes, ont des niveaux de difficultés suffisamment variées pour plaire à tout le monde.
La journée fût donc très positive.

Alors quelques remarques sur la faune locale... que dire... il y avait pas mal de snowboarders coréens et quelques américains que l'ont reconnait aux habits plus "fashion". Le niveau de ski est moyen, beaucoup de débutants, mais certains chinois se débrouillent très bien. En fait aucun style particulier ne m'a vraiment choqué, à part peut-être un type portant une sorte de blouson de l'équipe nationale de Chine qu'il avait du voler à quelqu'un après un sale coup car vu sa corpulence et vu son habilité à tenir sur deux skis, je le voyais mal champion de quoi que ce soit. En fait, il y avait pas mal de chinois citadins assez chics/frim' (mais bon c'est pas Courch' non plus)... j'en voie encore un super bien habillé (enfin style chinois), avec des chaussures en cuir vernis essayant de monter sur un snowboard pour essayer quelques sensations de glisse. Pour ceux qui ne savent pas, un snowboard à plat sur une pente si on n'a pas les pieds fixés dessus, ca glisse comme une savonnette :-))) Imaginez la suite...

Voilà pour la petite anecdote ski, en espérant qu'elle vous donnera envie d'aller dans les Alpes, moi j'en crève d'envie =)
Et pour finir je change complètement de sujet, je reviens du ciné où j'ai vu la dernière grosse grosse production chinoise, Ying Xiong (Héros) avec Jet Li... les ventes dépassent celle de Tigres & Dragons, ca va vraiment faire un gros gros carton à mon avis, en Chine et ailleurs. C'est le plus gros investissement du cinéma chinois (hors Hong-Kong), qui, il faut le dire, en est à ses débuts. Le réalisateur n'est pas un inconnu, il s'agit de Zhang Yi Mou, et le film transpire vraiment les valeurs chinoises avec au premier rang l'Unité. En deux mots, c'est l'histoire du début de la Chine unifiée, de ce qui a permit la fusion des Royaumes Combattants, au travers d'une anecdote touchant l'Empereur Qin. Ce fut le premier Empereur de Chine, Chine telle qu'on la connait aujourd'hui, car depuis 221 avant JC (fin de la période des Royaumes Combattants et début de la Dynastie Qin) la Chine ne fut plus divisée. Vous comprendrez ainsi pourquoi aujourd'hui les sujets Tibet et Taiwan ne sont pas appréciés par les chinois... 2300 ans de culture de l'Unité sont difficile à contredire !
Le film est une feu d'artifices d'images magnifiques, aux couleurs vraiment bien choisies, avec bien sûr pas mal de Wushu, d'armes et de scènes guerrières, mais le coeur du film réside vraiment dans les symboles, c'est pour ça que je pense que ça peut plaire à tout le monde. Ici le prix des places a augmenté spécialement pour ce film et une politique anti-piratage a été lancée... du coup j'ai même pas encore le DVD (chose incroyable en Chine, ils ont fait fort). Dites-moi quand le film sera annoncé en France (déjà peut-être ?), et sautez sur l'occasion si la culture chinoise vous intéresse.

Avant de vous dire au revoir, je souhaiterais vous demander un petit coup de main pour une petite recherche que je mène.
Pourriez-vous répondre à la question suivante -- j'espère les réponses nombreuses) :
- quelles valeurs, idées, concepts associez-vous aux arts martiaux ? (en vrac, les 5 (ou +) premiers/premières qui vous viennent à l'esprit)

Merci,

Guillaume

[ Historique des "Longs mails de Chine" précédents :
- GuoQingJie, de Wudangshan à Xi'an
- Bon appêtit
- 1,3 milliards de chinois ]

_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Wednesday, December 11, 2002 12:24 PM
Subject: [Long mail] 1,3 milliards de chinois


[Newsletter from Beijing, PRC]

Et bien oui, la population chinoise a presque doublé depuis la chanson de Jacques Dutronc ("700 millions de chinois... et moi, et moi, et moi...") ! :-)
La politique de l'enfant unique (adoptée vers 1978 env.) est finalement très compréhensible quand on vit ici. La Chine est vraiment un pays qui grouille d'habitants, des masses incroyables qui n'arrêtent pas de bouger.
L'un de nos professeurs expliquait que la Chine se caractérisait avant tout par son unité et sa diversité : une unité ancestrale perpétuée au cours des dynasties et une diversité intérieure/ethnique importante (20 pronvinces, 55 minorités majeures et autant de dialectes).

Malgré cette diversité communautaire qui rend bien difficiles les généralités sur "les chinois" (entendre les "han"), j'ai essayé de lister les qualificatifs qui me venaient à l'esprit en pensant au peuple chinois que j'ai pu cotoyer à Pékin bien sûr, mais aussi lors de mes autres voyages en Chine. Les premiers mots qui me viennent sont : gentils, débrouillards (helpful), travailleurs,flexibles/s'adaptant facilement. Ca c'est pour les bons côtés. Le vrai point négatif est qu'ils sont assez sales (en dehors du fait qu'ils crachent sans arrêt de manière rebutante [ie avec effet sonore], les toilettes chinoises empestent de Pékin à Hong-Kong, de Chengdu à Shanghai, partout ca pue). De plus, on ne peut pas dire qu'ils soient mal polis, car ce serait faux... ils sont très polis, mais sur certains détails, ils n'ont pas les mêmes règles de politesse que nous. Exemple : manger un plat en ayant la bouche dans l'assiette et en faisant le bruit d'une truie de 300kg ne pose aucun soucis dans les restaurants chinois -- même les plus chics. Enfin quelques traits plus nuancés que j'ai pu relevé (encore une fois, cette vision est très personnelle) : les chinois sont plutôt humbles, relativement patients, indirects (ils agissent par personnes interposées), ils cachent énormément leurs sentiments en restant toujours souriant, et l'une des choses la plus importante pour eux est définitivement ce que peut penser leur voisin... le regard que la société peut porter sur eux est vraiment important. Exemple : pour aller chez un ami qui habite dans une tour d'appartements autrefois réservés aux chinois, je devais frôler les murs car les gens n'aiment pas y voir de blancs, alors que c'est complètement légal... juste parce que les anciens n'aiment pas ca et que ca fait jaser. Le bon vieux concept du "on s'en fout de ce que les autres peuvent penser" ne s'applique donc que très peu dans l'Empire du Milieu =) Cela s'explique par un concept confucéen que l'on n'arrête pas de nous rabacher dans le programme : ne pas briser l'harmonie. Le chinois se comporte avant tout pour ne pas choquer, ne pas arriver à une rixe ou à une tension. Un chinois préférera mentir (et ils n'hésitent pas à mentir, croyez-moi !) que risquer de mettre en péril une relation, ou que risquer de créer une tension. La vérité n'a parfois pas la même valeur qu'en Europe. Je parlais des relations et de la peur de briser une relation... ici ils ont un concept, le "guanxi" (traduire par relations, connections, networking, entraide mutuelle) très important. Impossible de réussir en business sans guanxi, car ici tout marche par relations. Par conséquent, il est possible, voir facile de se faire de bonne relations de confiance prêtes à échanger des services, sur le ton de l'amicalité. C'est très intéressant. Ce n'est pas quelque chose de nouveau pour nous en Europe, mais cela dit ici c'est obligatoire pour réussir.

Maintenant que je vous ai dépeint les chinois d'une manière que j'espère finalement positive (malgré les quelques critiques), vous pouvez vous aussi avoir envie d'être ami avec des chinois :-), voici les choses à éviter lors des conversations avec des habitants de Chine continentale : le Tibet, la "secte" des Fa Lun Gong, faire des lapsus et oublier que Taiwan fait partie de la Chine. Critiquer le gouvernement est aussi mal vu même si les chinois, eux, n'hésitent pas à le faire (un américain nous donnait l'excellente image de : "j'ai le droit de critiquer mon père devant toi, mais si toi tu critiques mon père devant moi, ce n'est plus du tout pareil... ici c'est pareil avec le gouvernement").

Après, dans leur comportement quotidien, certaines choses peuvent choquer ou paraître très singulière... exemple amusant (enfin pas quand on le vit) : les files d'attentes ne sont pas un concept reconnu en Chine. Un guichet est un endroit où l'on doit se précipiter directement, et essayer au mieux de s'infiltrer jusqu'à l'ouverture du guichetier pour écraser le bras de son voisin et lui passer devant. Cela dit, lorsque vous faites remarquer à la personne derrière vous qui vous pousse depuis 5 minutes et essaye de doubler par la droite puis par la gauche... voir par dessous si il peut : "excusez-moi, je crois que je suis devant vous", c'est avec un grand sourire que cette personne vous répondra "oh oui en effet, excusez-moi, allez-y" (on ne casse pas l'harmonie souvenez-vous).

Un autre point me tient à coeur (car m'énerve particulièrement)... en Chine tout est surveillé, des journaux à la télé bien sûr, et donc l'internet. Et ca c'est pas drôle. Il y a quelques temps ils avaient même bannis Google :-(
Bon c'est revenu. Mais très très fréquemment en surfant on tombe sur des sites qui ne veulent pas s'afficher. J'ai demandé à une ami en France de vérifier une liste de sites testés négatifs depuis ma connection à un provider chinois, et dans plus de 80% des cas ce n'est pas le site qui est HS, mais bien la Chine qui bloque (ou certains disent aussi que l'extérieur bloque car la plupart des attaques virales viennent de Chine). Ca c'est nul.

Enfin pour finir sur une petite note personnelle, et pour répondre à ceux qui s'inquiète pour mon moral, la vie ici est un pur bonheur. J'ai enfin pu me remettre au sport sérieusement, et je me rends vraiment compte des bienfaits de l'activité physique. Je fais du Wushu avec un professeur super sympa, champion du monde (entre autre), qui ne parle que chinois (ca permet de bosser la langue en plus). 3 cours par semaine, je pense que c'est un bon rythme pour progresser et puis ca change complètement la vie... les deux premiers mois je ne faisais que très peu de sport (occasionnellement) et me sentais un peu mou. Maintenant la pêche est vraiment revenu et j'en veux un peu à Accenture (et à moi-même surtout) de ne pas avoir pu tenir un rythme sportif un peu soutenu à Paris. Mais bon... on peut pas tout faire.

Voilà pour cette fois et excusez-moi si cette newsletter est un peu décousue,

_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Saturday, November 16, 2002 2:31 PM
Subject: [Long mail de Chine] Bon appétit


[Quand ça lui prend, Guillaume Morel envoie un long mail de Chine...]

Mes Chers,

Faute de voyages et d'autres récits aventuresques à vous narrer, je me suis dit qu'un petit aperçu du "manger" chinois pourrait être exotique en ces temps pluvieux (en France, ici il fait bleu et froid).
Bon, je vous l'ai sûrement dit déjà plein de fois en France, mais la nourriture des resto chinois en France n'a rien à voir avec la cuisine chinoise de la République Populaire de Chine.
Car en France c'est un mixe des cuisines chinoises/indochinoises (principalement vietnamiennes) et surtout car les produits de base employés ne sont pas toujours les mêmes qu'au pays.
J'avais beaucoup apprécié la cuisine chinoise lors de mon premier voyage, il y a quatre ans, mais cette année, après deux mois de bouffe nouache intensifs, j'en ai un peu marre.
La raison est double : trop gras et parfois trop épicé (à la longue ça use le ventre). Donc quand j'en ai vraiment marre, je me rue sur un resto japonais, et me gave de sushi.

Mais cela dit, certains plats chinois sont très fins et très appréciables.
Par exemple, il y a les JiaoZi (prononcer "jiao-ze!"), qui sont des sortes de beignets vapeurs avec un pâte blanche très fine. L'intérieur est très variable, on peut prendre de la viande, des légumes (de la carotte à l'aubergine en passant par la ciboulette) ou un mixe. Les JiaoZi ont des frères quasi-jumeaux, les BaoZi (prononcer "bao-ze!"), qui sont fait d'une pâte beaucoup plus épaisse et moelleuse. Plus gros, ils sont plus souvent garnis de viande. On en trouve plein au rayon frais des frères Tang dans le 13e.

Pékin a ses spécialités... la plus fameuse est le Beijing Kaoya (prononcer "be-i-djing-kao-ya" avec un "ya" haut perché, très ouvert), ou canard laqué. C'est vraiment délicieux... des lamelles d'un excellent canard vous sont servis avec des petites crèpes et de la sauce soja très raffinée. Avec un ou deux légumes verts vapeur comme du brocoli, c'est super bon. Et contrairement à la dernière fois où je suis allé à Shanghai, ici à Pékin ils ne servent pas la langue des canard (que je n'ai gouté qu'une fois, c'est plein de cartilage, c'est dégueu). Ni les pates (très à la mode dans les trains chinois) !

Et puis ma dernière découverte est un fruit dont je ne peux plus me passer... le YouZi (prononcer "yo-ou-ze!") ou pamplemousse. Mais il ne ressemble pas à notre pamplemousse. Il existe en grand modèle (genre une petite pastèque), ou comme chez nous. Il est jaune comme en France. Mais l'intérieur est en fait relativement sec ce qui permet de manger les quartiers très proprement sans s'en mettre partout :-) En fait, la peau qui sépare les quartiers est plus grosse que chez nous et permet de détacher chacun des morceaux, indépendamment, proprement... on obtient un chair de zestes de pamplemousse, moins amer que chez nous, et presque croquant sous la langue. Mmmmh.
Il faut dire que le gros manque de la cuisine chinoise c'est les desserts. Ils en n'ont pas, c'est fruits ou rien :'(

Pour finir (déjà... mais vous savez je suis pas un pro de la cuisine), j'aimerai vous faire partager les marchés et les supermarchés chinois, mais c'est difficile avec des mots. Les marchés sont vraiment à voir, avec des animaux vivants (pas pour longtemps), et des étalages de nourriture partout (parfois de la bidoche en plein air, vu les conditions de stockage et de transport ca donne pas toujours envie d'en manger). Et à Pékin, qui est quand même totalement opposé au reste de la Chine (très rurale), il y a des gros supermarchés. Carrefour est très présent et remporte un succès inimaginable. La première fois que j'y suis allé, c'était pour une fête d'automne (le festival d'automne je crois, je sais pas le nom exact), et Carrefour était deux fois plus dense que les trottoirs de la rue de Rivoli un samedi après-midi. Imaginer tout le monde collés les uns autres, pire que dans une manif, un peu comme lors d'un concert sous la tour eiffel lorsqu'on est au 3e rang. Plus d'une demi-heure de queue aux caisses... enfin bon. Bien sûr à Carrefour on trouve quelques produits français. Dans les autres supermarchés chinois de grande taille on trouve peu de produits occidentaux... des snickers et du chocolat "Dove" pour quand on craque (super reuch).

Ah j'allais oublié la boisson... bon bien sûr, Coca-Cola partout, même au fin fond de la Chine, dans les contrées les plus reculées, là où aucune voiture ne passe, on trouve une bouteille de coca (voir parfois de Sprite, distribué par Coca)... c'est incroyable, c'est des sacrés business-men chez Coca. Mais parlons sérieusement. La Chine fait du vin. Oui. Enfin on peut dire qu'ils essaient. Les deux grandes marques sont "Great Wall" et "Dragon Seal". Aussi bien le rouge que le blanc sont abjects. Il parait qu'il y aura une ou deux années buvables, je ne les ai pas trouvé. L'intérêt d'un vin est ce petit goût qu'il laisse dans la bouche après l'avoir bu et c'est exactement ce que les vins chinois n'arrivent pas à avoir. Au goût, ca peut passer (c'est genre du cubi) mais ca laisse un sale gout dans la bouche, fade, c'est horrible. Au final le cubi de Casino est meilleur =)
Bon sur ce, je vous laisse... bon appêtit !
et ne me parlez pas de steack tartare, de truffade, d'aligot, de tartiflette, de côte de boeuf sauce barbecue, de camembert, de saint nectaire, de brie, de bordeaux, de croissant, de pain au chocolat ou de crèpes banane-nutella si vous ne voulez pas me faire du mal :-P

[Le dernier était au sujet d'un voyage à WudangShan, si vous ne l'avez pas eu, réclamez-le!]
[Si vous en avez marre, n'hésitez pas à le dire, moi aussi les newsletters ca me gonfle des fois]

_______________
Guillaume Morel
EU-China Junior Managers Training Programme
Beijing Foreign Studies University

----- Original Message -----
From: Guillaume Morel
To: friends@guillaumemorel.com
Sent: Sunday, October 06, 2002 3:23 PM
Subject: [ATTN : long mail] GuoQingJie : de WuDangShan à Xi'An


GuoQingJie : de WuDangShan à Xi'An

En Chine, la fête nationale (Guo Qing Jie) est le 1er octobre. La semaine entourant cette fête est fériée et les chinois en profitent pour faire du tourisme.
L'université étant aussi fermée durant cette période, nous avons décidé de suivre le mouvement pour faire un petit voyage dans l'Empire du Milieu.
Différents groupes (au sein du programme européen que je suis) se sont formés, certains voulant aller en Mongolie Intérieure, d'autres à Shanghai, etc.
Etant assez intéressé par les arts martiaux (certains l'auront remarqué je pense =) ), je souhaitais pour ma part partir pour la montagne sacrée de Wudang, un lieu taoiste connu pour être le concurrent du célèbre temple bouddhiste de Shaolin. Un ami français, David, intéressé par l'aventure se joint à moi; l'union fait la force.

L'aventure commence donc par un petit trajet en train, entre Pékin et Wuhan (province du Hubei)... vous avez sûrement entendu parlé de Wuhan, il y a deux mois la ville risquait d'être innondée par le Yang Zi et les autorités envisageaient de déplacer des millions de personnes. Je vous rassure, Wuhan va bien et n'est pas innondée aujourd'hui. Le trajet dura 16h, assis sur des sièges dits "soft" dans un train dit "rapide". Débarqué à Wuhan en fin de matinée dimanche 29/09, un bus pour Wudangshan nous est annoncé à 4h de l'après-midi. Quelques heures à déambuler dans le marché aux animaux de Wuhan... serpents, tortues bizarres, jeunes chiots & chatons, poules, j'en passe... et hop nous voila dans un bus couchettes. Durée du trajet 12h... oui si vous calculez bien, on est arrivé à 4h du mat' en pleine ville (bourg) de Wudangshan. Hotels fermés, on est arracés par deux mini-vans qui veulent nous monter à la montagne Wudang et/ou nous aider à trouver un hotel. David et moi pensant être assez grands pour choisir un hotel, nous décidons de repousser les avances de ces deux chinois. Le premier insista pendant environ 45min, et le deuxième plus d'une heure et demi (pendant lesquels nous avons tout de même pu prendre un petit déjeuner, discuter et chercher sur notre Lonely Planet). C'est avec gloire que nous arrivames à terrasser ces deux chinois dont la patience est pourtant légendaire.

8h du mat', les hotels ouvrent et nous trouvons un hotel sans mal, en négociant le prix de la chambre. Après une très courte pause et une petite marche dans le bourg (un sympathique marché aux légumes et aux fruits... entre autres), nous nous lançons dans l'ascension du Wudangshan. Un mini-van nous amène après la porte de cette espèce de "parc national"... Wudangshan c'est un ensemble de nombreuses montagnes, s'étendant sur quelques centaines de kilomètres, dans un relief assez chahuté. Après une petite marche de 4 à 5h (avec une pause resto et une pause taoiste incroyable ou un jeune moine tentait de nous raqueter 10 yuan pour prier en pensant à nous, avec un sourire en coin qui montrait qu'il était aussi peu convaincu que nous par l'efficacité de ses prières), le temple situé le plus en hauteur (1600m) nous ouvrit ses portes : paysages incroyables de montagnes et de temples perdus dans une légère brume... magnifique.

Un peu frustré par l'absence manifeste d'arts martiaux sur notre trajet, nous décidons d'investiguer plus longuement la chose martiale le lendemain matin. A l'assaut des écoles d'arts martiaux, il fallut expliquer dans un chinois un peu précaire que je souhaitais prendre des photos pour un magazine français d'arts martiaux. Mais cela marcha relativement bien et deux écoles nous accueillirent très gentiment. Certains élèves se prettèrent au jeu des photos, c'était amusant pour ma part de retrouver l'ambiance Shaolin.

Sur cette revanche très satisfaisante, nous décidions de continuer le voyage en direction de la célèbre ville de Xi'An. Après une attente de 4h pour un bus qui ne vint jamais, une étape intermédiaire s'imposa : un bus nous amena en 1h à ShiYan, une petite ville (600 000 habitants, c'est petit pour la Chine) perdue à la limite du Hubei et du Shaanxi. 7h du soir, un peu fâché contre la gare routière de WuDangShan qui nous avait soutenu qu'il y avait des bus pour Xi'An, nous essayons de trouver un train ou un bus pour notre destination cible. Mais il était trop tard. Nous prenons donc un hotel, un dormitory très bon marché (30/40FRF la nuit) et propre. Mais la journée n'était pas finie ! Après manger, nous allions acheter nos billets de train pour le lendemain. Au guichet, un jeune homme me regarde... rien de bien nouveau vu l'absence notoire de blancs dans la ville, on est plutôt des bêtes rares et les curieux sont nombreux (et souvent sans gêne). Dans l'euphorie d'avoir pu enfin trouver des billets pour Xi'An, je lui lance un poli "Nihao". L'étudiant me répond dans un anglais correct et la conversation s'engage. Peng, c'est son prénom, a 19 ans et est impressionnant de gentillesse, d'initiatives et de dynamisme. De manière générale, le peuple chinois est fondamentalement gentil et c'est très très agréable. Peng attend une amie à la gare et on sympathise, on attend avec lui. On passera la soirée avec lui et le lendemain matin il nous amène prendre un excellent petit déjeuner (fait de pates fraiches à la sauce de soja) et faire du shopping. David achète une guitare à un prix dérisoire, Peng m'offre un VCD de Sanda... l'après-midi, Peng et son amie nous amènent à la gare, nous installent dans le train et nous achètent des bouteilles d'eau pour la route. Dans le train, David et moi sommes vraiment très touchés par cette gentillesse complètement gratuite et sympathique. Je pense qu'on ne les oubliera pas de si tôt.

Bon, trève de sentimentalisme, on est en hard-seat (sièges durs, wagons particulièrement prisés par les paysans du fait de leur faibles coûts) et le voyage dure 9h... Au début on est entouré d'une famille qui nous propose des marrons et une sorte de pamplemousse excellents. Puis les voisins changent... dans ces heures de trains, on voit défiler des personnages hallucinants, des jeunes, des militaires, des paysans, des businessmen... ils mangent des graines (et balancent les écorces par terre quand ce n'est pas sur la tête de leur voisin qui essait péniblement de s'endormir en prenant appui sur la table centrale), des soupes, toutes sortes de choses parfois peu descriptibles, ils crachent très bruyamment, ils fument comme des pompiers, ils braillent au lieu de parler (surtout au téléphone), ... parfois, la fatigue aidant, on a envie d'en défenestrer un ou deux =)

Xi'An, le train entre en gare. Il est 23h, on va au premier hotel du Lonely Planet, il est plein, on doit faire bouger une personne d'un dormitory pour être ensemble dans un dortoir en sous-sol, partagé avec un israëlien très sympa mais malade. Le lendemain, on tentera de négocier une meilleure chambre dans l'hotel, en vain. L'hotel d'en face nous fera un bien meilleur prix !
Xi'An est une ville entourée d'un rempart très seillant :-) Le centre est relativement petit, très animé et commerçant. Quelques monuments historiques (un drum tower et une bell tower comme dans tous les temples) donne un cachet à la ville. On est jeudi et on décide de visiter le musée de Xi'An, internationalement reconnu. De nombreuses pièces très intéressantes, des bronzes, des statuettes... je remarque en particulier des armes remontant au néolithique, un mécanisme d'arbalète datant de 242 ap JC, etc. Le soir, on va en boite, le "1+1", pour voir comment sont les nightclubs en dehors de Pékin. Entrée gratuite, gogo-dancers (homme et femmes), l'ambiance est sympathique (on ne sent pas d'agressivité comme parfois en France).

Le lendemain, il faut réserver les billets de train pour rentrer. Une heure et demi d'attente à la gare, 20 guichets ouverts, plus de mille personnes dans le hall, certains tentant manifestement de doubler et de ne pas faire la queue. Un peu excédés par la situation, nous en attrapons quelques-uns pour les renvoyer au bout de la file d'attente, sous les encouragements des autres chinois, totalement passifs (ils se laissent doublés sans mot dire, incroyable...). Après, un bus nous amène à l'attraction première de Xi'An, une armée de terre cuite de plusieurs milliers de soldats qui avait été enterrée comme tombeau de l'empereur Qin, il y a 2000 ans. Impressionnant, mais plein de touristes. Nous partons le soir même pour Pékin, profitant d'un voyage de nuit. Ce que j'ai oublié de dire c'est que pour avoir ce train, la guichetière avait tenté les soft-sleep, hard-sleep, soft-seat et hard-seat en vain et qu'elle nous avait proposé de voyager debout, ce que, plein de courage, nous avions accepté.

Nous voila donc entre 2 wagons, par terre comme des clochards, pour un voyage que l'on croit d'une petite dizaine d'heures. Finalement nous arriverons à squatter des soft-seats, plaisir d'autant plus renforcé que le trajet trainait en longueur... pensant arriver à 7h30 du matin, nous arrivames à 11h30, après 14h de voyage. Après 7j de voyage, plus de 50h de transports, Pékin nous accueille sous un ciel parfaitement bleu. Ca fait bizarre, on se sent "à la maison" dans cette ville chinoise. On va maintenant voir comment l'hiver s'y déroule, il parait que c'est très frois, très sec, et très beau... les températures ont déjà baissé et le pull devient obligatoire.

Guillaume

_______________________________________________________________________________________________________________
Ceci n'est pas une newsletter à laquelle vous avez souscrit, et il n'y a pas de procédure de désinscription :-P




 

 

Accès rapides
Mes Profils casting - intl - Ardi'
Mes Photos action - divers
Mes Vidéos couteau - action
Mes CV en - fr - zh   Vous devez avoir Acrobat Reader pour voir mon CV -- Téléchargez-le ici !
Mes Publications  articles - livres
Mes News blog Chine
 

Recherches en cours
Généalogie
Hoplologie
Arts Martiaux
Stratégie
Guanxi
Dieux de la Guerre
Langues Asiatiques (CJK)
Le Nombre d'Or
Chercher & Trouver
Survie
Camouflage
Graphisme Urbain
Voyager

 

"À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire."
cf. Pierre Corneille
in Le Cid, Acte II Scène II (1636), speech of the "Comte" to "Don Rodrigue".

La première citation que j'ai appris par coeur... c'était au collège et à l'époque je la trouvais excellente.

 

 
 
© 2000-2008 Guillaume Morel - http://www.guillaumemorel.com
    Conditions & Crédits :: Design & Ergonomie :: Liens :: Contact