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Présentation
:
J'aime définir les arts martiaux comme l'ensemble des
disciplines enseignant des techniques de combat (définition
large). Les arts martiaux sont séparés en écoles
et styles. Ces styles sont quasiment innombrables et toujours
en évolution. Les différences entre ces styles
sont nombreuses, et la grande famille des arts martiaux est
en fait bien divisée. Essayons de comprendre pourquoi.
Mes recherches :
Arts
martiaux & sports de combat
La première différence que le grand public
connaît est la distinction entre "arts martiaux"
& "sports de combat", qui réside dans
le but de la pratique. S'il s'agit d'un but sportif de compétition
alors la discipline est un sport de combat, sinon il s'agit
d'un art martial. L'explication est simple mais la catégorisation
moins triviale.
Autant les boxes, l'escrime ou les luttes sont des sports
authentiques avec une place importante donnée à
la compétition depuis des décennies. Autant
l'aikido, le krav-maga ou le tai ji quan, n'ayant pas de forme
compétition, sont des arts martiaux.
Mais pour ce que j'appelle les arts martiaux grand public
(Judo, Karate, Taekwondo, Wushu), la séparation est
moins nette. Ces disciplines proposent à la fois un
aspect sport/compétition fort et un aspect martial
avec le travail de techniques de défense déliées
de la compétition. Les défenseurs du Karaté
et du Taekwondo traditionnel s'attachent à cet aspect
martial et refuse que leur discipline bascule dans le "tout
sportif" (100% sport de combat). Le Judo quant à
lui a déjà bien franchi le pas vers les sports
de combat et l'aspect martial devient parfois anecdotique.
Arts martiaux Arts
martiaux grand public Sports
de combat
("sports martiaux")
Ce tableau liste quelques arguments expliquant
la mouvance des "arts martiaux grand public" (judo,
karaté, taekwondo, wushu) vers les sports de combat,
à savoir principalement l'argent (grand public et sponsors).
Les "smileys" expriment une opinion personnelle
de l'auteur.
 Pourquoi
certains défenseurs des arts martiaux n'aiment pas
la compétition ?
L'exemple du Judo et du Taekwondo est bonne pour illustrer
le grand dilemne de la compétition dans les arts martiaux.
Historiquement certains grands maîtres s'étaient
prononcés contre toute forme de compétition
(en particulier Funakoshi Gichin, pionnier du Karaté).
Depuis, la compétition a tout de même été
adoptée car elle est un exercice intéressant
pour le pratiquant (découverte de ses réactions
dans une situation de stress, travail d'actions non codifiées
en situation rapide, etc.). Mais entre les fédérations
sportives qui courrent à l'olympisme (pour engrenger
plus de pratiquants et donc plus d'argent) et les "maîtres"
authentiques, le fossé se creuse.
Le Judo par exemple a suivi la voie sportive
à 100% et se trouve maintenant avec une majorité
de clubs orientés compétition qui n'enseignent
que les techniques autorisées par le règlement,
c'est à dire un extrait très limité de
l'arsenal originel laissé par Jigoro Kano (le fondateur
du Judo). En ne gardant que les techniques "non dangereuses"
(et cela est normal dans le cadre de compétitions sportives),
le Judo perd son efficacité martiale, c'est à
dire sa capacité de défense personnelle. Les
pratiquants d'arts martiaux ne s'y trompent d'ailleurs pas
quand ils rencontrent des judoka : ces derniers n'ont pas
du tout l'esprit d'un karateka, d'un taekwondoiste ou d'un
pratiquant de wushu. Les Judoka sont la plupart du temps de
purs sportifs qui ne pensent pas à la défense,
mais juste à un jeu où le but est simplement
de faire chuter un partenaire, et non mettre hors de nuire
un adversaire. Alors pour pallier à cette désauthentification,
la fédération a relancé le Ju-Jitsu,
et ce sont les même instructeurs "sportifs"
de Judo qui enseignent les techniques de défense sur
couteaux, etc. Le résultat n'est pas toujours convaincant
et surtout la nature des sportifs reprend le dessus puisqu'aujourd'hui
le Ju-Jitsu a sa propre forme de compétition !
Le Taekwondo prenant le même chemin
de "sportisation extrême" que le Judo grâce
ou à cause de son Olympisme précoce, a aussi
vu une partie de sa population envisageant le sport national
coréen comme le football, un simple jeu où les
jambes sont très sollicitées. Mais les "maîtres"
coréens souvent formés dans l'armée et
conservant un esprit très martial, très proche
de la notion de défense, essayent de freiner cet engouement
pour le jeu. Les cours de self-défense spécifiques
éclosent de partout dans les clubs, pour ne pas décevoir
ceux que la compétition n'attire pas (il y en a beaucoup),
et pour entretenir ces techniques que la compétition
a mis au placard (techniques de mains ouvertes, coups de genoux,
coups de coude, ...). Mais cette lutte entre la Tradition
Martiale et la Compétition Sportive est bien déséquilibrée
car c'est la Compétition (et l'Olympisme) qui peut
apporter la reconnaissance du grand public, les sponsors,
l'argent.
En conclusion, la plupart des arts martiaux cherchant le grand
public sont engagés dans le cercle vicieux du développement
sportif souhaité par la fédération, qui
engendre plus d'élèves, donc plus de professeurs
et donc le besoin de plus d'argent, au détriment de
la richesse technique et de l'esprit guerrier propre aux arts
martiaux.

Les
grandes familles de pratiquants, classification 7MMA (©
2003 Guillaume Morel)
Pour bien comprendre les fortes divisions du monde des
arts martiaux, il faut comprendre les divisions parmi les
pratiquants d'arts martiaux. J'ai établi une classification
des motivations des pratiquants d'arts martiaux qui permet
de voir à quel point les raisons de pratiquer sont
diverses, et d'appréhender les incompréhensions
entre pratiquants :
Classification
"7 Motivations for Martial Arts (MMA)"
1/ Recherche d'une Pratique
sportive
Le pratiquant cherche une activité pour "transpirer",
se défouler, et effectuer un travail physique
général (travail cardio, musculaire,
stretch...). Cette motivation est celle d'une majorité
de débutants qui viennent aux arts martiaux.
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2/ Recherche de Maîtrise
de soi
Le pratiquant rechercher la maîtrise
des mouvements de son corps et de ses réactions
psychologiques en général, pour une
affirmation personnelle plus forte. Cette motivation
est par exemple une motivation forte des parents
inscrivant leurs enfants à un cours de Karaté. |
3/ Recherche d'un Anti-stress
ou d'une meilleure Santé
Le pratiquant souhaite apprendre à se détendre,
physiquement et mentalement et exécuter des
mouvements en harmonie avec les possibilités
de son corps. C'est typiquement la motivation des
pratiquants de Tai Ji Quan (des millions de personnes
en Chine), ainsi que la motivation des pratiquants
un peu âgés. |
4/ Recherche de Self-défense
Le pratiquant veut acquérir de bons
réflexes, apprendre à anticiper des
situations dangereuses, et préparer pragmatiquement
sa réaction en cas d'agression. C'est la
motivation de beaucoup de femmes et d'hommes qui
craignent une agression dans un environnement où
la sécurité des personnes n'est pas
toujours assurée. |
5/ Recherche de Compétition
A distinguer de la simple recherche d'une pratique
sportive, la recherche de compétition est
caractérisée par une course à
la médaille, le goût du challenge et
la reconnaissance de la part des autres. Le travail
en équipe peut aussi être une motivation
(équipe Kata en Karaté ou Taekwondo,
duo system du Jiu Jitsu, etc.). Cette motivation
est souvent celle d'adolescents. |
6/ Recherche d'Efficacité
Le pratiquant cherche l'efficacité
de ses techniques de combat et de son mental en
général. Cette motivation vient souvent
avec les années de pratique. |
7/ Recherche d'un Travail
Energétique
Le pratiquant cherche à découvrir
certaines capacités internes de son corps
et de nouvelles sensations. Il est aussi parfois
attiré par un aspect un peu mystique voire
exotique. Cette motivation est souvent celles de
personnes plus ou moins matures, cherchant un approfondissement
des découvertes des limites rationnelles
de leurs corps. |
| Note : Motivations
pour les arts martiaux extrêmes |
A/ Artistique, d'Acrobatie,
de Show-business
Le pratiquant travaille des techniques issues des
arts martiaux dans le but d'accomplir des démonstrations
en public : recherche de techniques très
spectaculaires et acrobatiques. Cette motivation
est très forte chez les jeunes, capables
de techniques acrobatiques complexes, et attirés
par le monde du show-business. B/ Cascade
Le pratiquant travaille des techniques issues des
arts martiaux pour simuler des combats pour le cinéma,
la télévision ou parfois lors de démonstrations
en public. Cette motivation est aussi forte chez
les jeunes qui envisagent une profession dans le
show-business. C/ Combat "sans
règle" (free-fight)
Le pratiquant travaille une grande variété
de techniques martiales (coups, projections, lutte
au sol, clés, étranglements, etc.)
dans le but de devenir efficace dans le cadre de
compétition où les règles sont
très restreintes, et cherchent à approcher
la réalité du "vrai" combat.
Cette motivation est celle d'experts des arts martiaux
ayant de nombreuses années de pratique derrière
eux, et souhaitant appliquer et démontrer
leur efficacité de combattant. Ces
3 motivations sont souvent celles de professionnels
des arts martiaux. |
©2003 Guillaume Morel |
Les
motivations listées ci-dessus ne sont ni exclusives,
ni figées, elles évoluent au cours du temps.
Par exemple dans mon cas, j'ai eu une approche sportive au
début, puis de compétition, et complètement
transformée en recherche de défense et d'efficacité
aujourd'hui.
Comprendre cette variété de motivations et donc
de pratiquants permet de comprendre les arts martiaux dans
leur diversité, de voir les grands débats des
arts martiaux sous un angle plus ouvert, et aussi de mieux
analyser le marché des arts martiaux.
Mes conseils :
Pour
les débutants : chercher un style/club ? non, chercher
un professeur !
Vous souhaitez vous inscrire à un club d'arts martiaux
mais vous vous posez la question : quel art martial choisir
?
Un premier dégrossissement peut-être fait en
se posant la question "je préfère la lutte
ou bien les coups ?" : la réponse orientera soit
vers une discipline de combat au sol (Judo, Jiu-jitsu brésilien,
lutte, sambo) soit une discipline d'atemi (coups) comme le
Karate, le Taekwondo, le Kung-Fu, le Viet Vo Dao,... Mais
en fait PEU IMPORTE ! Au début on ne sait pas trop
ce que l'on veut faire, et il ne faut s'accrocher qu'à
un seul style parce que l'on a déjà pratiqué
auparavant et que l'on ne veut pas recommencer une discipline
à zéro.
L'important
est de trouver un professeur intéressant, passionné
et faisant partager sa passion dans une atmosphère
qui vous convient. La proximité du club peut aussi
être un critère de choix important, cela pouvant
éviter l'abandon en cas de période de démotivation.
Pour
les avancés : se détacher de son style
Au delà d'un certain niveau et d'implication
dans un style d'arts martiaux, il est indispensable de s'ouvrir
aux autres écoles, afin de prendre le meilleur de
chaque école et d'étoffer ces connaissances
de combat (coups, lutte, projection, grappling, trapping,
armes, clés, étranglements...). Ce concept
n'est pas nouveau, il a été appliqué
par un grand nombre de "grands noms des arts martiaux"
(Benny Urquidez, Chuck Norris, Dan Inosanto, Richard Norton,
Takayuki Kubota, etc... en France Patrick Lombardo, etc.)
et prôné par le légendaire Bruce Lee.
Je n'en dirai pas plus, et vous conseillerai juste de lire
l'article très célèbre du petit dragon
"Liberate
yourself from classical karate", Black Belt Magazine,
Septembre 1971.
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